La mondialisation, c’est comme ça. La “globalisation”, on ne peut rien y faire. L’ouverture à l’autre – moyen le plus sûr de se faire mettre – ferait donc figure de parousie des temps modernes. C’est ainsi, puisqu’on vous dit, puisque les médias vous l’assènent jour après jour.

Pourtant, il est des pays inattendus où ce prêche peut être battu en brèche. Tenez… l’. Là-bas, ça ne rigole pas et il n’y a guère que les Beatles pour avoir cru que l’hindouisme était cool par excellence. Remarquez que, dans le registre, le Pakistan musulman n’a de leçons à recevoir de personne. Ainsi, certains margoulins de cette nation créée de toutes pièces par les Anglais en 1947 ont-ils jugé malin de commercialiser des paillassons ornés du drapeau indien, juste que les visiteurs du soir s’y essuient les pieds dessus. Le tout étant, évidemment, commercialisé par .

Sauf qu’au pays de Ravi Shankar, l’offense au drapeau national est passible d’emprisonnement, et plus si affinités. Et dès le lendemain, Sushma Swaraj, ministre des Affaires étrangères de sommer ce géant mondialisé de retirer l’objet délictueux de ses plates-formes. Et là où ça rigole moins encore, c’est quand on apprend que, faute d’excuses publiques et circonstanciées, les employés d’Amazon exerçant leurs talents en Inde verraient leurs visas annulés, tandis qu’à leurs possibles remplaçants ne serait proposée que cette alternative consistant à aller voir ailleurs si le Mahatma Gandhi y est.

Comme c’était prévisible, les marchands de soupe plus haut évoqués ont mis les petits plats dans les grands et ont fait patte de velours. Comme quoi tout peut être possible, même ce qui paraît impossible, pour peu qu’il y ait, à la base, un semblant de début de volonté politique. Donc, nul n’aura plus le droit de s’essuyer les ripatons sur des paillassons arborant le drapeau indien.

Pour la petite Histoire, sachant que début de primaire de la et fin de semaine obligent, qu’il soit permis à l’auteur de ces lignes quelque brin de malice. Soit l’occasion de rappeler que le cinéma indien est nationaliste à un point tel que cela peut devenir éminemment jouissif. Soit, aussi, l’occasion de citer ce livre devant plus à Roland Magdane qu’à Baruch Spinoza : Electric Boogaloo, le livre des mauvais films sympathiques (tome 2), édité par le tout aussi sympathique site Nanarland.

Et là, que découvre-t-on ? Ce bijou du septième nanar, Power of an Indian, probablement visible sur la Toile, pour les insomniaques incurables. De quoi s’agit-il ? D’un flic indien à l’interprétation tout en nuances, entre bajoues et moustaches calamistrées – à côté, Chuck Norris, c’est Jean-Pierre Léaud –, parti en guerre contre de méchants islamistes pakistanais. Le tout à coups de bagarres anémiques et bedonnantes, d’invraisemblables pirouettes exécutées à coups de câbles si visibles à l’écran qu’une telle bouillabaisse cinématographique aurait dû être depuis longtemps interdite par les conventions internationales.

Pour ceux qui auront eu la chance de voir la bouse en question, deux choses à retenir. Cette réplique d’anthologie, pour commencer : “Tu vois cette main ? Si elle se met en colère, alors les lignes de cette paume vont se transformer en glaives et vous trancher la gorge.” Et cette autre, pour finir, histoire de rassurer les humanistes dépresssifs : à la fin du film, le méchant terroriste, travaillant sûrement pour les services secrets du Bougnoulistan, sera jeté d’un avion, un drapeau indien planté dans la poitrine. Si Allah est grand, comme l’écrivait le regretté Alexandre Vialatte, Bouddha, ce n’est pas de la drouille non plus.

Donc, ne boudons pas notre plaisir.

13 janvier 2017

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