Economie - Editoriaux - Table - 1 novembre 2016

Le revenu universel : idée géniale ou cauchemar fiscal ?

Le revenu universel est la star de la campagne présidentielle. Il a des partisans à droite (NKM) et à gauche (Valls, Hamon). Le Sénat vient de voter son expérimentation.

Ses avantages sont réels. D’abord, la simplicité. On y aura droit sans aucun dossier à remplir. On économiserait 30 milliards de frais de distribution. En outre, si on est au RSA, on ne gagne parfois que 100 € de plus par mois si on reprend un travail. Avec cette réforme, le salaire s’ajoutera entièrement au revenu de base. De plus, 35 % des emplois sont menacés par la robotisation. Certes, de nouveaux métiers vont émerger. Seront-ils assez nombreux ? Le chômage ne deviendra-t-il pas massif ?

Mais continuera-t-on à travailler ? Selon des études, à 750 € par mois, 10 % des actifs démissionneront ! Le PIB s’effondrera brutalement. La France devenant encore plus attractive, l’immigration flambera. Avec un phénomène encore marginal mais qui s’accentuera : on viendra chez nous pour s’inscrire et toucher l’allocation puis on retournera vivre (très bien) avec elle dans son pays d’origine !

Le principal inconvénient du revenu universel est son financement : il faut 360 milliards par an (16 % du PIB) pour une allocation mensuelle de 500 € ! L’impôt sur le revenu et la CSG rapportent à peine 200 milliards. Il serait suicidaire de doubler leur montant ! On propose de supprimer les allocations familiales, les bourses, les allocations chômage (insupportable : vous perdez votre emploi et n’aurez plus que 500 € par mois !), l’assurance maladie (sauf pour les cas graves), voire, pour un revenu à 1.000 €, de confisquer les retraites ! Toutes ces pistes sont des régressions sociales sans précédent, des spoliations écœurantes, surtout pour les plus âgés. On dépensera pour compenser les prestations supprimées bien plus que ce qu’on touchera ! Pire : il manquera encore de 40 à 150 milliards pour boucler le financement !

On propose de porter la TVA à 40 % (bonjour la fraude!), de taxer le capital (3 % par an, qui économisera encore ?), d’instaurer une (forte) taxe carbone (qui pèsera surtout sur les plus pauvres). Toujours du travail de sapeur Camenber : on retire d’une main pour donner bien moins de l’autre.

La seule piste intéressante est la création monétaire ex nihilo : actuellement, la BCE fait imprimer des euros pour acheter des obligations d’entreprises. Les effets sont mitigés. Pour le même montant, elle pourrait donner 275 € mensuels à chaque Européen sans provoquer d’inflation. Cette idée date de la crise de 1929. Elle n’a jamais été mise en pratique. Elle est soutenue sous d’autres formes par nombre d’économistes, dont des prix Nobel. Mais le montant alloué, qui dépend des conditions économiques, diminuera fortement en cas de retour de la croissance.

En bref, vu l’automatisation croissante de la production, le revenu universel sera forcément instauré mais dans un horizon lointain (30 à 50 ans). Actuellement, les conditions ne sont pas réunies.

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