La Turquie veut remettre Sainte-Sophie sur le trottoir

Sainte-Sophie d’Istanbul redeviendra-t-elle une mosquée ? C’est plus qu’une rumeur, une menace réelle : son proxénète sans vergogne, le gouvernement turc, songe très sérieusement à la remettre sur le trottoir ! Ainsi l’Histoire se répéterait pour l’ancienne basilique chrétienne Sainte-Sophie de Constantinople : après la chute de l’Empire byzantin en 1453, Ayasofya la turque, que certains Grecs surnomment depuis « Sainte Sophie la putain », fut “convertie” en mosquée pendant près de cinq siècles. Ce n’est qu’en 1934, sur ordre de Mustafa Kemal “Atatürk”, qu’Ayasofya cessa officiellement d’être un lieu de culte musulman pour être transformée en musée.

En décidant de « la rendre à l’humanité », Mustafa Kemal en fit sans doute l’un des plus beaux monuments du monde dédié à la laïcité. Initiée sous le règne de Constantin en 325 sur l’ancien temple d’Artémis, Sainte Sophie est classée depuis lors parmi les trésors du patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO et accueille tous les ans des milliers de visiteurs. Pour le monde entier, elle est la huitième merveille du monde, avec sa coupole de 31 mètres de diamètre, symbole de la splendeur byzantine avant l’avènement de l’Empire ottoman.

Mais, hélas pour Sainte Sophie, la voix de la sagesse de la Turquie laïque d’Atatürk n’est plus qu’un lointain souvenir. L’heure est à la Reconquista à l’envers : les femmes turques sont désormais autorisées à porter le voile, et les hommes la barbe dans les administrations publiques. Sur la question de l’alcool, de la cigarette, de l’avortement, du voile, du mariage, « la Turquie est différente aujourd’hui », fanfaronne volontiers Bülent Arınç, le numéro deux du gouvernement. Sa volonté de rouvrir Sainte-Sophie au culte musulman est sous-jacente dans les propos doucereux qu’il tient à son égard : “Quand nous regardons Sainte-Sophie, nous la voyons triste, mais nous espérons la voir sourire bientôt.”

Gardez le sourire, disait le prophète, Ayasofya sera bientôt de retour : les ultras du parti islamo-conservateur n’ont jamais renoncé à vouloir remettre la main sur Sainte-Sophie, qu’ils considèrent comme l’emblème de la conquête ottomane. Le 29 mai 1453, Constantinople tombait aux mains des Ottomans. Le djihad se poursuit… Les religieux turcs du parti au pouvoir, en se l’appropriant au plus vite, veulent mettre l’Europe devant le fait accompli au moment où reprennent les négociations avec Bruxelles.

Car chez les imams d’Istanbul, on craint par-dessus tout que le Parlement européen – cet empêcheur d’islamiser en rond — ne se saisisse d’une résolution demandant que Sainte-Sophie soit rendue à… son culte d’origine. Ce serait l’occasion ou jamais ! Une initiative dans ce sens est en cours et semble susciter une forte mobilisation sur les réseaux sociaux… Elle prend la forme d’une pétition souhaitant recueillir un million de signatures pour qu’un débat s’instaure sur cette question à l’occasion de l’examen de l’éventuel processus d’admission de la Turquie dans l’Union européenne. Chiche que Bruxelles en fasse une condition sine qua non !

On peut toujours rêver : en attendant, la révolte de la place Taksim n’a pas mis fin aux tentatives du gouvernement turc de faire reculer la laïcité, et le processus d’islamisation de Sainte-Sophie risque de s’accélérer. Le dernier numéro de Skylife, le magazine de la compagnie aérienne Turkish Airlines, la considère d’ores et déjà comme acquise, en consacrant sa couverture à « la mosquée des sultans », sans faire la moindre allusion à l’origine chrétienne de « cet héritage en grande partie ottoman ». L’article met en doute la légalité du statut de musée dont le sort semble scellé…

Mustafa Kemal doit se retourner dans son mausolée, lui qui voulait secouer définitivement « le joug de l’islam » qu’il qualifiait de « théologie absurde d’un Bédouin immoral » ou encore de « cadavre putréfié qui empoisonne nos vies »

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