Les « élèves à la quenelle » du lycée Rosa-Parks de Montgeron ont été finalement renvoyés. Accusés, par un professeur, d’apologie de crime contre l’humanité pour une photo qui avait circulé dans la classe, les deux lycéens en terminale ES ont d’abord été placés en garde à vue. Une enquête ayant été ouverte par le parquet d’Évry, les deux adolescents de 17 ans sont ensuite passés devant le conseil de discipline de l’établissement qui a décidé d’une exclusion définitive et immédiate. Circonstance aggravante, il y aurait selon le rectorat « récidive dans des provocations racistes », puisque à l’occasion des de délégués de leur classe, les deux en question avaient écrit « Hitler », « Klaus Barbie » ou encore « Jean-Marie Le Pen » sur les bulletins de vote.

Interrogé mercredi sur le cas de ces élèves par Jean-Pierre Elkabbach, s’était emporté : « J’ai 12 millions d’élèves qui font cette rentrée ! Il y a deux élèves qui ont failli, laissez-nous nous en occuper! […], plus on fera la une des journaux sur ces deux élèves, plus on donnera l’idée aux autres de faire la même chose… Cessez les faits divers ! »

Et on comprend Vincent Peillon. Taisez-vous, les gars, évitez d’en faire des tonnes ou tout cela va réellement tourner en eau de boudin. Car, contrairement à ce qu’il prétend, ce ne sont évidemment pas deux élèves sur 12 millions qui « ont failli ». Tout se moquerait bien, sinon – et lui le premier –, de cet incident isolé commis par deux hurluberlus. Mais s’il faut éviter d’ébruiter cette affaire, c’est qu’elle est l’arbre qui cache la forêt. Oui, la quenelle a envahi les cours de récréation.

Par mimétisme. Rien qui ne se propage plus vite, à cet âge, qu’un geste, un mot, une expression qui fait le buzz. Il y a huit ans sévissait le bras en biais « Casséééé » de Brice de Nice ; aujourd’hui, c’est la quenelle de Dieudonné.

Par goût de la transgression, aussi. Quel interdit reste-t-il en dehors de celui-là ? Aucun. Tous les autres ont disparu. On se fait passer, en ricanant, les photos de quenelles sous le manteau comme autrefois les revues porno. Parce que, voyez-vous, le canard « hot » sous blister caché dans le livre de maths, cela n’émeut plus les profs blasés, tandis qu’une quenelle en gros plan…

Par antisémitisme, parfois. L’ dans un certain environnement scolaire serait en effet bien palpable. Ce sont les profs d’histoire de banlieue qui en parlent le mieux. Pas l’antisémitisme de grand-papa façon affaire Dreyfus. Un antisémitisme plus « exotique ». D’importation. Avec les croisades, la Shoah serait LE chapitre « compliqué ».

Comme Peillon, Agnès Tricoire, avocat de la Ligue des droits de l’homme, semble passablement contrariée. Elle juge « disproportionnée » l’affaire des lycéens de Montgeron. « Poursuivre un geste seul est assez inédit sur le plan jurisprudentiel. » Comprenez : mais dans quoi êtes-vous allés foutre les pieds ? De fait, comment donc faire un tri objectif, chez des enfants, entre la quenelle « mimétique » et la quenelle mal intentionnée ? Et si, en suivant le raisonnement du professeur de Montgeron, dans un autre registre de geste « connoté », on devait exclure tous les élèves surpris à faire un doigt pour apologie du viol, on risque de vider très rapidement un paquet d’établissements.

11 janvier 2014

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