s’est déplacé, ce samedi matin, à Montreuil-Bellay, dans un ancien camp d’internement de tsiganes datant de la Seconde Guerre mondiale. C’était à l’occasion du 70e anniversaire de leur , en 1946. Le chef de l’État a notamment déclaré :

Le jour est venu et il fallait que cette vérité soit dite […] La République reconnaît la souffrance des nomades qui ont été internés et admet que sa responsabilité est grande dans ce drame.

Encore de la repentance, direz-vous ?

Loin de nous l’idée qu’il ne faille pas rendre , même au bout de 70 ans, à la communauté tsigane. Mais c’est l’exploitation de cet événement qui est critiquable. Pour François Hollande, “il fallait que cette vérité soit dite”. Soit ! Mais alors, que toute la vérité soit dite ! “Les nomades internés sous Vichy : l’histoire oubliée”, peut-on lire, par exemple, sur le site de France Inter, comme si les mesures à l’encontre des tsiganes dataient du gouvernement de Vichy.

En fait, elles ont commencé plus de deux siècles avant la défaite de 1940 et l’occupation allemande. Bien accueillis, à l’origine, dans les cours royales et princières, ces tsiganes nomades sont peu à peu considérés comme des vagabonds, mendiants et gens indésirables, surtout à la fin du XIXe, où se produisent de nouvelles migrations. Après la guerre de 1870, ils sont même accusés d’être des agents étrangers au service de l’.

C’est dans ce contexte qu’est votée la loi du 16 juillet 1912, sous la présidence d’Armand Fallières : la circulation des tsiganes constituait “pour la nationale et la sauvegarde du secret un danger qui [devait] être écarté” : la loi leur imposait, dès l’âge de 13 ans, un carnet anthropométrique qu’ils devaient faire viser dans chaque commune. Puis le décret du 6 avril 1940 leur interdit de circuler sur l’ensemble du territoire : ils sont astreints à la résidence forcée sous la surveillance de la et de la gendarmerie.

Sur décision des Allemands, le gouvernement de Vichy fait interner, le 4 octobre 1940, les tsiganes de la zone occupée, pour les surveiller. Il reste libre de mener la politique de son choix en zone sud. Environ 5.000 personnes (hommes, femmes et enfants) sont ainsi réparties dans une trentaine de camps entre 1940 et 1946. Leur internement s’est poursuivi deux ans après la libération du pays… La loi de 1912 est restée en vigueur, sans susciter aucune critique, jusqu’en 1969, où le carnet anthropométrique fut remplacé par un livret de circulation. Lors de la discussion en cours du projet de loi Égalité et Citoyenneté, cette législation pourrait être abolie.

Ce rappel historique, non pour minimiser le rôle de Vichy, mais pour replacer dans leur cadre les mesures prises à l’égard des tsiganes : elles dépassent largement la période incriminée. Pour expliquer, aussi, que François Hollande exploite cet épisode de l’Histoire pour se présenter comme un Président rassembleur – lui qui, objectivement, n’a fait que diviser les Français et son propre parti. Qu’il rende hommage – bien tardivement – aux tsiganes persécutés, c’est une chose. Qu’il utilise cet événement pour sa promotion personnelle en est une autre !

Mais puisqu’il travaille tant dans la mémoire, rappelons-lui, par exemple, le massacre des Vendéens. En 1993, Soljenitsyne dressa un parallèle entre la Terreur révolutionnaire et le totalitarisme bolchevique. Imaginez la polémique ! Pourtant, Lénine criait “Il me faut d’autres Vendée”, en évoquant les russes qui refusaient la soumission au bolchevisme. En avril 2013, Lech Wałęsa, invité par le président du conseil général, inaugura une stèle du pardon au Mémorial de la Vendée : les élus socialistes boycottèrent la cérémonie.

François Hollande aurait-il une mémoire sélective ?

29 octobre 2016

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