Agriculture - Culture - Editoriaux - Politique - 27 février 2016

Hollande au Salon

Comme tous les hommes politiques, surtout quand ils sont en campagne – or, de son état, il est homme politique sans être pour autant homme d’État, et il se trouve qu’il est en campagne -, François Hollande n’a pas manqué, hier matin, le rendez-vous annuel que les travailleurs de la terre, qui ne ment pas, donnent aux professionnels de la politique, qui seraient bien en peine d’en dire autant. Cette année, il n’y était pas le bienvenu.

L’agriculture française traverse une crise qui n’est pas seulement financière et technologique mais morale et même existentielle. Comment l’ignorer quand nos éleveurs et nos producteurs de lait, de fruits et de légumes, crient leur colère et leur détresse depuis des mois sur les routes et dans les villes de France et de Navarre, quand ceux mêmes qui ne se sont pas pendus, qui n’ont pas fait faillite, qui n’ont pas baissé les bras et qui ont tenu à être présents, quand même, au Salon de l’agriculture se disent au bord de la ruine, sans moyens, sans espoir, condamnés à la mort par les lois impitoyables du marché ?

François Hollande ne l’ignore donc pas. Le président de la République, qui est bien informé, tenait à dire aux derniers paysans de France qu’il connaissait leur situation. Le président de la République, qui n’est pas sourd, avait à cœur de leur faire savoir qu’il entendait leurs cris de souffrance. Le président de la République, qui n’est pas bête, comprenait leur révolte. Oui, mais connaître n’est pas subir, entendre n’est pas écouter, comprendre n’est pas partager, et surtout, parler n’est pas agir.

Au point où ils en sont, nos agriculteurs savent très bien ce qu’ils veulent et ce qu’ils obtiendraient évidemment de l’État s’il y avait encore un État.

À court terme, l’arrêt du stupide embargo décrété contre la Russie, auquel la solidarité occidentale (en clair, la soumission aux consignes de Washington) nous interdit de mettre fin.

À moyen terme, l’obligation pour la grande distribution de rémunérer à leur juste prix les produits de notre agriculture, la taxation des importations de viande et de lait des Pays-Bas, du Danemark, de l’Allemagne et de la Pologne qui nous font une concurrence déloyale sur la base de bas salaires et d’une industrialisation forcenée. Mais le ralliement de nos dirigeants à l’économie de marché, à la philosophie du libéralisme, les abandons de souveraineté que nous payons aujourd’hui et les accords qui nous ligotent font que l’État français ne dispose plus d’aucun moyen d’action ni sur les grandes surfaces ni sur nos partenaires européens.

À long terme, une politique de réorientation et de restructuration de notre agriculture fondée sur la recherche de la qualité. Mais nos dirigeants d’un jour ou d’un quinquennat n’ont pas de politique du long terme, et les agriculteurs, plus lucides que les gouvernements, savent parfaitement que ce n’est pas à coups de subventions, d’exonérations et de reports de dettes qu’on va guérir la maladie chronique qui les ronge. Ils n’ont que faire des bonnes paroles et des aumônes – des clopinettes – qui, loin de les apaiser, les exaspèrent.

Dans ces conditions, l’accueil fait à M. Hollande a été celui qu’une famille en deuil ferait à l’individu qu’elle tiendrait pour responsable de la mort du défunt et qui, le jour des obsèques, aurait le culot de venir lui présenter ses condoléances à la sacristie.

Arrivé la bouche en cœur et la main tendue, le président de la République a été hué et conspué à la porte de Versailles. S’y attendait-il ? Dans ce cas, on lui reconnaîtra un certain courage. Ne s’y attendait-il pas ? On s’étonnera de son inconscience. Dans l’une ou l’autre hypothèse, il était en tout cas gonflé, aux deux sens du mot.

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