Agriculture - Culture - Editoriaux - Fiction - Industrie - Sport - 20 juillet 2015

Exploités agricoles

Des ouvrages de science-fiction nous laissent entrevoir des mondes où les processus de production sont totalement automatisés, et où les hommes n’ont plus qu’à se laisser vivre ; ce qu’ils font avec plus ou moins de bonheur, généralement plutôt moins. C’est sans doute ce monde dont rêvaient ceux qui ont mis en place les 35 heures.

Il faut dire qu’on peut aujourd’hui, grâce aux progrès techniques, envisager que les tracteurs partent seuls dans les champs, fassent le travail programmé, sans doute avec plus de précision et d’efficacité qu’un chauffeur moyen, et revienne « à la ferme » pour y rapporter la récolte, faire le plein ou subir réparation ou entretien.

Dans l’élevage, beaucoup a été fait en termes de mécanisation, mais il sera plus difficile de s’y passer de l’homme.

On n’est pas encore à des matières premières agricoles à prix nul, mais on s’en approche : il n’y avait déjà plus que 3,5 % des Français travaillant dans l’agriculture en 2013, et leur nombre ne cesse de diminuer.

Ce qu’on retrouve dans la part sans cesse décroissante du prix des matières premières agricoles dans notre alimentation : lorsque nous achetons un produit dans un magasin, (sans même parler des plats cuisinés), nous achetons de l’emballage, du transport, des taxes, de la distribution, de la publicité, etc., le tout pour un montant généralement bien supérieur au prix du produit de départ.

C’est ce qui explique la violence de la colère du monde de l’élevage qui se manifeste ces jours-ci : non seulement leur travail n’est plus rémunéré, on leur impose de plus en plus de normes, on ne cesse de les traiter de pollueurs, mais en plus ils constatent que les consommateurs ne paient pas moins cher. Ils se sentent « exploités agricoles ».

On a dit et redit que la goinfrerie de la grande distribution et de certains acteurs de l’agro-industrie est sans limite. Il ne leur suffit pas de gagner assez pour vivre, ou même très bien vivre, mais il leur faut gagner toujours plus. Comme pour donner raison à celui qui a dit qu’il n’y a que deux façons d’avoir de l’argent : pas assez, et pas du tout. Cette avidité semble être enseignée dans les écoles de commerce.

L’Europe, en ouvrant toutes les frontières et en interdisant de mentionner le pays d’origine, rend le problème quasiment insoluble. Comment trouver une solution pour que ceux qui nous nourrissent en travaillant comme des forçats aient un revenu décent ? Comment devront-ils le demander pour être entendus ?

Quand on parle de secteur primaire, beaucoup entendent primitif, mais que les vivres viennent un jour à manquer, ils comprendront qu’il fallait entendre primordial.

Pour tous ceux que ça intéresse, je conseille la lecture du livre Les barbelés de la Chamaille de Jean-Pierre Gabut.

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