Editoriaux - Sport - Table - 12 juillet 2016

Exécutions : faut-il suivre l’exemple philippin ?

M. Duterte, le nouveau président philippin, a demandé à son peuple de tuer les trafiquants de drogue et promis des médailles à ceux qui répondront à son appel. Son porte-parole a regretté que la police n’ait pas exécuté plus de délinquants (sans procès ni condamnations, bien sûr) alors qu’en un mois, on déplore 100 morts lors d’arrestations mouvementées. En dehors des très graves problèmes moraux que pose cette sanglante dérive, est-elle efficace ?

L’empire mongol, après une conquête sanguinaire, a instauré la terrible loi du Yassag (du nom d’un sabre tatar). Quiconque commettait un délit même léger (un vol, par exemple), était, sitôt pris, décapité. Grâce à cette consigne barbare, le domaine contrôlé par les héritiers de Gengis Khan a connu une paix inégalée même de nos jours. Selon l’expression d’un contemporain, une vierge portant un plateau d’or sur la tête pouvait se promener, sans danger pour ses biens et sa vertu, dans toutes les régions les plus reculées de l’empire.

Il y a vingt ans, un délinquant psychopathe a tué deux voyous qui l’importunaient dans le métro de New York. Il a été encensé par nombre d’Américains et, pendant quelques semaines, la criminalité dans les transports a fortement chuté, preuve que l’exemplarité et le côté démesuré de la sanction peuvent faire réfléchir les criminels. Mais tout ceci est illusoire et trompeur. Le justicier de New York n’était en fait qu’un vulgaire voyou. La loi du Yassag, tout efficace qu’elle est, était injuste et expéditive. Que d’innocents ont ainsi perdu la vie ! Outre que tuer est profondément choquant même si le plus endurci des criminels subit cette peine, ces mises à mort sauvages et incontrôlées font beaucoup de victimes collatérales.

Je sais que certains affirment qu’exécuter par erreur des personnes n’ayant rien à se reprocher est le prix à payer pour retrouver la tranquillité, mais cet argument démagogique me semble inacceptable. En Angleterre, la peine de mort a été abolie lorsqu’on s’est aperçu qu’on avait pendu un malheureux pris à tort pour un assassin en série. Aux USA, un grand nombre de pensionnaires des couloirs de la mort sont innocentés grâce à des analyses d’ADN, analyses qui n’existaient pas à l’époque de leur procès. On estime à 10 % le nombre d’innocents exécutés dans la patrie de Washington ! Une pure horreur !

Quant aux Philippines, la croisade douteuse du président va vite s’enliser. La police de ce pays est en partie corrompue et parfois (souvent ?) mêlée au trafic de drogue. Ces exécutions extrajudiciaires seront une aubaine pour des trafiquants qui, grâce aux forces de l’ordre qu’ils auront infiltrées, se débarrasseront de concurrents gênants. Les séides d’Al Capone ont ainsi éliminé sept membres d’un gang rival, lors du massacre de la Saint-Valentin. Certains des tueurs étaient revêtus d’uniformes de la police et la foule les a applaudis lorsqu’ils sont sortis. On ne sait toujours pas s’il s’agissait de gangsters déguisés ou de vrais flics !

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