Eh bien, si on emprisonnait Mme Bettencourt, ce serait une bonne chose ! Déjà, ça ferait de la peine à Sarkozy, ce qui est bien… Ça réjouirait le PS, qu’elle a fâcheusement oublié d’arroser, ce qui serait très bien… Et ça ferait trembler les riches, ce qui serait encore mieux…

Mais toutes ces avancées morales, aussi précieuses soient-elles, ne sont rien comparées à l’acquis fabuleux et historique qu’apporterait à la France l’emprisonnement de la vieille dame (c’est juste un symbole) et de ses semblables. Nous avons nommé la baisse de la délinquance ! Aucun ministre de l’Intérieur n’y avait pensé, aucun (aucune) Garde des Sceaux n’avait songé à cette solution révolutionnaire.

C’est alors que vint M. Ian Brossat. Un homme peu connu du grand public et promis dorénavant à une grande et mondiale renommée. M. Brossat est conseiller de Paris, élu du Front de Gauche et donc révolutionnaire comme sa proposition. Ainsi, il a porté à notre connaissance qu’ « on ne luttera efficacement contre la délinquance d’en bas qu’à condition de s’attaquer à celle du haut ! » Et il a aussitôt fait enregistrer le brevet de sa géniale invention.

Les délinquants en col blanc restant, selon lui, impunis, les délinquants en capuche ne peuvent donc que s’en donner à cœur joie. Mais c’est bien sûr… Les caïds, les voyous, la racaille, la canaille, les voleurs, les trafiquants et les tueurs ont, comme nul ne l’ignore, les yeux rivés sur leur écran de télévision dans l’attente, pathétique et désespérée, de l’annonce qu’un homme politique, un banquier, un riche a été mis au trou. On m’a rapporté que, à la Cité des 4 000, à la Courneuve, les halls d’immeuble bruissaient de cris indignés. « T’as vu, la Bettencourt se la pète au lieu d’être en taule ! Alors pourquoi on vient nous faire ch… nous ? »

À la décharge de M. Brossat et de ses innombrables clones de gauche, il faut reconnaître que la délinquance d’en haut existe. Des statistiques éloquentes en témoignent. Il est évident que lorsque Alain Carignon est allé en prison, les chiffres de la criminalité grenobloise ont connu une chute vertigineuse. N’est-ce pas ? Quand, à son tour, Loic Le Floch Prigent a connu la joie de dormir en cellule, on a pareillement noté une diminution sensible des braquages. N’est-ce pas ? Quand Bernard Tapie a goûté à la vie carcérale, il y a eu immédiatement, c’est connu, des autodafés où ont brûlé des milliers et des milliers de kilos de cannabis. N’est-ce pas ?

Quand Michel Noir, Pierre Botton, François Léotard et tant d’autres ont été condamnés, on a pu observer d’émouvantes processions de repentis venus déposer en mairie ou en préfecture des portables, des ordinateurs, des téléviseurs qu’ils avaient volés parce que les riches n’étaient pas châtiés. N’est-ce pas ?

Enfin, et dans le souci de ne pas insulter l’avenir, essayons d’imaginer la paix et la douceur de vivre revenues à Marseille dès que Jean-Noël Guérini et le rédiciviste Bernard Tapie auront élu domicile aux Baumettes. Des pénitents quitteraient les quartiers Nord de la cité phocéenne, les bras chargés de kalachnikov, ornées de faveurs roses, qu’ils déposeront aux pieds des policiers qui ne pourront retenir des larmes d’émotion. Que du bonheur…

Ce souffle bienveillant redonnera des couleurs pastels à notre douce France. Mais il fera, hélas, une victime collatérale : Laurent Obertone qui n’aura plus matière à écrire le deuxième tome de « La France Orange Mécanique ». Quand à M. Brossat, il ne risque rien. J’ai consulté le Code pénal. La bêtise, même la plus crasse et la plus arrogante, ne constituent ni un délit ni un crime.

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