Editoriaux - Politique - Union Européenne - 13 décembre 2015

Démythifions l’utopie européenne !

Au lendemain de la guerre, notre pays, redevenu maître de lui-même, a pu être disposé à coopérer avec ses voisins notamment dans le domaine économique qui désormais prévalait. On comprend que l’idée européenne se soit présentée à nos parents. Pour autant, si des hommes d’État comme de Gaulle ou Adenauer surent lancer l’Europe des Nations avec autant de réalisme que d’ambition, leurs successeurs, mus par la facilité plutôt que l’ambition, par l’angélisme plutôt que le réalisme, commirent de dramatiques erreurs.

Ainsi, ils privilégièrent la quantité à la qualité en intégrant bien trop de pays bien trop vite. Certains allègueront des objectifs géopolitiques, d’autres des problèmes d’équité, de générosité ; j’y vois un signe d’orgueil et surtout de facilité. D’orgueil, car comme la grenouille de la fable nous avons enflé dans l’espoir d’impressionner ; de facilité car, pour nos dirigeants, il fut plus facile de privilégier les succès d’un agrandissement de façade que de se dévouer aux obscurs travaux de consolidation.

Les partisans de cette Europe quantitative et supranationale allègueront que l’union fait la force, que face aux grands « navires » américains, chinois, russes, nos petits bateaux allemands, français, italiens ne feraient pas le poids. Il fallait vite grandir. On peut comprendre l’argument. Malheureusement, ce n’est pas en rapprochant puis attachant nos 27 navires par moult cordages – commissions, traités, parlements — qu’on obtiendra un résultat efficace. Qui souhaiterait naviguer dans une telle flotte ou plutôt sur un tel attelage marin ? Qu’adviendrait-il en cas de combat naval ? Certes l’ensemble paraîtra gros, certes il flottera, mais tant de vaisseaux, tant de cordages, tant d’équipages… tant de capitaines, chacun tirant à hue et à dia ; l’embarcation ne saurait être manœuvrée. Que l’on soit de bâbord ou de tribord, c’est bien ce que chacun constate aujourd’hui. L’Europe n’a jamais été aussi faible. Le « machin » comme aurait dit le Général est devenu ingouvernable.

Ingouvernable certes, mais pas impraticable car si la grande majorité des passagers et les équipages de cette impossible armada souffre, certains tirent fort bien leur épingle du jeu. Nombre d’élus, de fonctionnaires de Bruxelles et Strasbourg ont vite compris que plus l’ensemble sera complexe, plus gros sera le fromage ; ces rats-là ne sont pas prêts de quitter le navire. Les multinationales ensuite, qui par leurs lobbyistes et leurs fiscalistes exploitent les failles, touchent les subventions, s’attachent les services des politiques et bien sûr délocalisent à loisir argent, travailleurs, usines. Enfin, et c’est sans doute les seuls à plaindre, les immigrants de tous bords qui cherchent l’eldorado à bord cette flotte trop facile d’accès mais ne trouveront bientôt que la colère des peuples.

Bien des petits pays, petits par la taille ou par le nombre d’habitants comme la Suisse, la Norvège, l’Australie, la Nouvelle Zélande nous prouvent qu’il n’est pas besoin d’être grand pour réussir.

Naguère, les pays européens ont dominé le monde, ils ne devaient leur suprématie ni à leur taille ni à leur union ; ils se livraient des luttes incessantes. Bien des pays les surpassaient en taille, en nombre mais pas en puissance. Sans faire l’éloge absurde des guerres, comprenons qu’une Nation rencontre son destin et bâtit son succès en connaissant ses atouts, en exploitant son génie propre, en mobilisant ses forces vives. Alors seulement, peut-elle passer des alliances dictées par la réalité des circonstances et les atouts complémentaires de chacun. C’est ainsi que furent naguère bâtis Concorde, Airbus, Ariane avec le succès que l’on sait.

Démythifions l’utopie européenne et que diable, sabrons les cordages pour retrouver notre énergie, notre liberté !

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