Le selfie, c’est la frontière proche, celle de la folie qui nous guette. Peut-être la jetable du bonheur de vivre dans un décor de ciné.

Depuis une décennie, orgasme quotidien du soi-même, le selfie s’est répandu sans qu’on y prenne garde, épouvante joyeuse connectée avec le rien. Il hante le Facebook des ados, il explore l’intimité des plus vieux. Personne, ou presque, n’y échappe. Jeudi soir, par exemple, alors que j’étais au premier rang d’un concert, toutes les jeunettes se selfisaient à gogo autour de moi !

Le selfie déconne parfois. Quand il ridiculise les « grands » de ce monde (souvenez-vous d’Obama avec la belle blonde), ou quand les « journalistes » français se prennent en photo à la Maison-Blanche…

Must obsessionnel d’une d’écrans, le selfie est devenu la sentinelle des néants, la thèse officielle du présent en un clic, le pixel de nos vies, l’autoportrait souriant de l’absurde, une contre-Renaissance où Giotto serait un vulgaire SMS.

Deux exemples savoureux :

Primo, la photo de deux touristes prise à Barcelone, diffusée dimanche sur les réseaux sociaux par i>Télé. Elle en dit long sur notre modernité “likée”. C’était l’ le 1er mai, des manifs tendues, dans un pays saigné à blanc… Au premier plan, le sourire niais des deux femmes, en fond, le feu d’un . Elles étaient contentes. On imagine si le selfie avait existé sous Hitler. On aurait eu droit, forcément, à celui de SS rigolards avec une pile de gamins carbonisés en background. On a évité ça…

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Secundo, l’hallucinante mésaventure vécue par Élise, une jeune journaliste parisienne. Elle me la racontait hier. Cambriolée (vol de bijoux, de matériel informatique) le 23 avril dernier – elle habite un quartier pavillonnaire à 10 bornes de la capitale –, Élise a eu une étrange surprise le dimanche 4 mai en allumant son iPhone : « Après une synchronisation, je reçois une photo venant sans nul doute de l’iPad qui m’avait été dérobé… La-voleuseUn selfie d’une dame d’un certain âge, avec au cou un collier faisant partie du “butin”… » Avec en prime, messieurs dames, la « géolocalisation » plutôt précise, à deux ou trois rues près !

Malgré ce coup de chance venu du Web, Élise n’était pas au bout de ses peines : « Je suis donc allée faire un complément de plainte ce dimanche. Le problème est que la brave dame se situe, selon la géolocalisation, dans l’Oise… et le flic qui m’a reçue hier m’a expliqué que “bon, la province, c’est dimanche, c’est le pont du 1er mai… donc bon”…” Bref : j’ai les vidéos et photos des deux cambrioleurs [grâce aux caméras de surveillance, NDLR], j’ai la photo de la personne qui a désormais mon iPad et un des colliers, la localisation relativement précise de celle-ci… Et pour le moment, tout a l’air très compliqué pour la … Au point où elle en était, Élise aurait même pu faire un selfie avec le pandore, car « selfie or not selfie, telle est l’irraison » !

6 mai 2014

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