Editoriaux - Justice - Politique - Santé - Société - 15 septembre 2016

Cahuzac au bord du suicide… politique ?

Plus de trois ans après sa mise en examen, l’ex-ministre, député, maire, comparaît – enfin – devant la justice. Chacun en connaît les raisons, car si la mémoire des citoyens-électeurs est souvent fugace et versatile, le cas Cahuzac a marqué les esprits avec une rare intensité dramatique. Les compromissions et magouilles de la centaine de ministres, élus, membres des partis politiques toujours en poste malgré une condamnation – voir listes quasi exhaustives sur la Toile – sont des calembredaines puériles à coté de ce drame racinien !

Le prévenu, qui ne bénéficiait assurément pas de la présomption d’innocence, a une fois encore joué des scènes dignes de la grande tradition théâtrale devant la cour. D’un probable nouveau mensonge aux accusations d’une ex aussi vénale que lui-même, il a illustré d’autres séquences de silences contrits et de grandes émotions larmoyantes. Du Louis Jouvet mâtiné de Bernard Blier ! S’il est totalement au chômage, il peut comme un autre voltigeur, célèbre ministre de Mitterrand, se reconvertir dans la comédie ou le one-man show. Mais cette activité intermittente pourrait n’être que provisoire, à l’instar du précédent, car des opportunités lui seront accordées par une justice magnanime pour son avenir de repenti.

Pascal Célérier s’interrogeait hier dans ces colonnes, à juste titre, de l’intérêt de condamner l’intéressé à une peine de prison, peine requise par le parquet. Trois années, le temps d’écrire un livre de vérité et de mémoires dans un quartier VIP de la Santé, résidence carcérale logique pour un médecin ?

Une autre requête me fait davantage bondir, c’est une peine d’inéligibilité de cinq ans. Cinq ans seulement ! Donc, « une fois la dette payée à la société », selon cette formule indigeste et grotesque dont se prévalent les condamnées et souvent leurs électeurs complices et achetés, le sieur Cahuzac retrouvera sa totale virginité pour un éventuel nouveau mandat. Dans un moment de grande détresse, lors du procès, il a prétendu que sa carrière politique était finie. Qui peut le croire, lui moins que d’autres…

Ces « valeurs de la république » qui autorisent des élus, condamnés pour des actes crapuleux dans l’exercice et sous couvert de leur mandat, de reprendre derechef leur petit commerce après solde de tout compte pénal sont les responsables de la désaffection profonde du pays pour la gent politique. Puisque, à l’évidence, on ne peut compter sur les parlementaires pour scier la branche sur laquelle est bien installé leur siège, quel Président réformateur convoquera le peuple par référendum pour décider l’inéligibilité à vie d’un délinquant public ?

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