Bruxelles, le jour d’après

Le lendemain, fatalement, on finit par se réveiller. Il y avait eu New York, Madrid, Londres, Paris, et encore Paris. La menace se rapprochait, s’intensifiait, se concrétisait. Excepté les plus naïfs, on savait donc, depuis des mois, que l’attentat finirait par arriver. On ignorait juste quand et où les terroristes frapperaient Bruxelles. Finalement, ce fut ce 22 mars à Maelbeek, station anodine dans laquelle les habitués du métro bruxellois sont passés des dizaines et des centaines de fois.

À peine sortie de la pénombre de la nuit, la a rapidement replongé dans l’obscurité hier matin. Pour les mauvaises langues et les plumes caustiques, les terroristes se sont enfin décidés à jouer à domicile : en peu de temps, Bruxelles était en effet devenue la capitale mondiale du terrorisme et l’une de ses communes, Molenbeek-Saint-Jean, s’était érigée en repère international des islamistes. Pire : Bruxelles avait fini par ne plus renvoyer que cette peu glorieuse image. Peu importe que la ville offrît autrefois au monde Jacques Brel, Hergé et Eddy Merckx. Peu importe qu’elle fût la capitale du chocolat, de la frite et de la bande dessinée.

Le lendemain, donc, il importe de reprendre ses esprits et d’analyser. “Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes” : le trait de génie de Bossuet a abondamment servi pour dénoncer, mais trop souvent sans les nommer, les hommes et les causes qui ont rendu possibles les attentats qui secouent l’espace occidental depuis le début du millénaire. Nous ne pourrons pourtant sortir de la crise dans laquelle nous sommes plongés sans une désignation des hommes qui en sont responsables et un examen précis de ses prodromes.

Commençons par les hommes : les responsables politiques qui ont permis le laxisme, le communautarisme, l’ouverture des frontières, les éditorialistes qui ont vanté le cosmopolitisme sans se plonger dans les quartiers où la réalité contredisait leur naïve fiction, mais aussi ceux qui ont attisé la haine, dans un camp comme dans l’autre, portent aujourd’hui leur part de responsabilité.

Enchaînons avec les causes. Qu’on le veuille ou non, et en tant qu’humaniste, c’est avec regret que nous posons le constat : le multiculturalisme est anxiogène, le cosmopolitisme est une douce illusion, l’immigration de masse porte en germe les désordres futurs ; les coups de boutoir assenés à notre civilisation par les forces relativistes profitent aux forces mortifères qui s’empressent d’occuper le vide ; le problème aujourd’hui posé en l’est par une religion dont Daech ne fait qu’appliquer la lettre.

D’ici quelques semaines, les Bruxellois repasseront par la station de Maelbeek, qui n’aura plus jamais rien d’anodin et qui devra sonner comme un appel à la résistance. Sauver le monde commence au seuil de sa porte, dans sa ville. Bruxelles fut détruite en 1695, sous les assauts répétés de Villeroy, agissant au nom du roi de France. Elle fut reconstruite en un temps record.

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