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Nucléaire : les Verts voudront-ils s’instruire ?


Mathématicien, chercheur en énergies renouvelables

 

Si un mathématicien-statisticien dit que l’énergie nucléaire a causé moins d’accidents, mortels ou autres, que n’importe quelle source d’énergie ces 50 dernières années, le citoyen qui ne vit pas dans les chiffres répondra : « Je me moque des statistiques ! Cette énergie inodore, incolore, aux réactions imprévisibles et violentes, a créé quelques graves accidents et je n’en veux pas. POINT. » Ce citoyen a raison quand on observe les centrales nucléaires existantes : Tchernobyl – installation militaire plus que civile – était un concentré de risques et la catastrophe a eu lieu. L’entreprise Westinghouse a répandu son modèle de centrales à eau et les pompes n’ont pas fonctionné à Fukushima, détruites par le séisme. Fukushima a fait craindre le pire à toute la planète…

Les centrales nucléaires actuelles ont presque toutes, plus ou moins cachée, une origine militaire, laissent des déchets à durée de vie quasi illimitée, risquent l’explosion – chimique, pas nucléaire – en cas d’accident ou de volonté terroriste. Elles font peur !

Ce que le citoyen ne sait généralement pas, c’est qu’il y a 50 sortes de réacteurs nucléaires, dont plusieurs modèles ont déjà fonctionné pendant des années, que la recherche continue et progresse, qu’il existe des réacteurs d’une sécurité de fonctionnement absolue. Ils consomment les déchets des réacteurs de 1e, 2e et 3e génération, n’ont pas besoin d’uranium enrichi utile aux militaires, ne produisent pratiquement pas de déchets à longue durée de vie, s’arrêtent en une fraction de seconde en cas de choc et sans répandre la moindre trace de radioactivité dans l’atmosphère. Ces centrales sont l’avenir de la planète car leur combustible – le thorium 232 ou l’uranium 238 – se trouve partout en grandes quantités et même dans l’eau de mer. Elles en consomment si peu que le prix de ces combustibles n’a guère d’importance. Et n’oublions pas que les millions de tonnes de déchets des anciennes centrales sont pour elles un vrai carburant, carburant disponible pendant des siècles.

Alors, pourquoi ne sont-elles pas construites partout sur la planète ? La réponse est malheureusement classique : elles n’intéressent pas les militaires et Westinghouse veut continuer sur sa lancée de leader mondial des centrales nucléaires à eau reproduites partout. Westinghouse a même obtenu des crédits… sans devoir innover, crédits dont devait bénéficier la recherche. De la même manière, AREVA consomme des fonds publics avec son projet de surgénérateur ASTRID (Advanced Sodium Technological Reactor for Industrial Demonstration)… C’est avec des fonds privés que, par exemple, Transatomic Power, créé et mené par Leslie Dewan, docteur en sciences nucléaires du MIT, se prépare à nous débarrasser de nos déchets nucléaires en nous fournissant indéfiniment notre énergie nucléaire renouvelable et quasi gratuite. Il sera impossible de consommer tout ce que la nature nous offre ! Des recherches, privées et publiques, sont menées au Canada, en Chine, en Inde, en Europe, en particulier avec MYRRHA (Multi-purpose hYbrid Research Reactor for High-tech Applications), premier prototype d’un réacteur nucléaire piloté par un accélérateur de particules.

Qui est capable de freiner les militaires ? Qui peut lutter contre Westinghouse ? Qui peut se battre pour une énergie nucléaire sans danger, éternellement disponible, ne polluant pas la planète… recevant actuellement peu ou pas de crédits car n’intéressant ni les militaires ni le géant Westinghouse ? Je ne vois qu’une réponse : les mouvements « Verts » partout sur la planète ! Voudront-ils s’instruire ? Voudront-ils, eux, changer ? J’observe apathie et indifférence… profitables à ceux que l’appât du gain rend dynamiques.

Mathématicien, chercheur en énergies renouvelables

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