Culture - Editoriaux - Livres - Réflexions - Société - Table - 14 janvier 2014

Liberté de pensée et logique de camp ne font pas bon ménage !

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Lors d’une manifestation féministe, dans les années 70, on pouvait lire sur une pancarte : « Où est-ce qu’on se “mai” ? » Plus de quarante ans après, je me pose la même question : « Où est ma place ? »

Mais d’abord, qui suis-je ? Féministe dite historique, compagne de route de Simone de Beauvoir avec laquelle nous avons fondé la Ligue du droit des femmes, je suis à l’origine, entre autres, du Manifeste des 343 (pour la liberté d’avorter) et de l’ouverture du premier Centre d’accueil des hommes qui battent leurs femmes, auteur de quelques livres sur le thème, apparentée à la gauche, promotrice du PACS, engagée à fond dans la lutte contre l’islamisation, rédactrice de Riposte laïque depuis sa fondation… On aura compris que je suis en dissidence radicale avec mon ex-camp sur la question de l’islam, que les concepts d’égalité et surtout d’équivalence ne me paraissent pas du tout acquis.

Je suis convaincue que l’immigration est un danger qui menace notre culture et notre école. Pour comble, je suis fière d’être française, moi, fille d’émigrés russes. Oui, mais… je n’ai pas pris mes distances par rapport à un marquage pour en adopter un autre. Ce n’est pas parce que certains combats et idées sont marqués à gauche que je les jette en bloc à la poubelle. Alors mon poil se hérisse quand je lis ici les diatribes rageuses contre le « genre », véritable obsession de certains rédacteurs de Boulevard Voltaire qui en font une caricature à la mesure de leur peur.

Gardons raison : se référer au genre n’a jamais voulu dire nier la réalité de l’existence de deux sexes et de leurs différences. Évoquer le genre, c’est tout simplement dire qu’un homme et une femme ne se résument pas à leur entrejambe. Un entrejambe, ça s’habille, comme toute chose en matière de société humaine. On n’a pas compris grand-chose au féminisme si on n’admet pas cette évidence : le propre de notre espèce est de repenser la nature. Mais justement, la question est là : le féminisme n’est-il pas le grand perdant du chambardement en cours ? À la faveur du fabuleux retour en arrière, les bons vieux poncifs machistes ne reviennent-ils pas en force ? Y compris à Boulevard Voltaire ?

Il n’y a pas que le genre. On n’est pas chaud sur la liberté de choisir ses maternités. On s’indigne sur la moindre mesure de N. Vallaud-Belkacem, non pas parce qu’elle serait discutable, mais parce que c’est elle qui la propose. Par exemple, « la révision de l’un des fondements de la fiscalité des ménages : la conjugalisation de l’impôt », ce qui veut dire stricto sensu que chacun sera imposé à hauteur de son propre revenu. Cette proposition déjà ancienne ne fait que confirmer la quête d’autonomie des femmes en marche depuis des décennies. Or, pour certaine rédactrice, cela revient à « réduire le pouvoir d’achat des familles pour forcer les femmes récalcitrantes à aller au turbin ». On ne saurait mieux caricaturer ! Là où le fantasme et la passion occupent le terrain, la liberté de penser recule.

Il s’agit bien de cela : la liberté de penser. Elle ne fait pas bon ménage avec la logique de camp. « Réfléchir, c’est nier ce qu’on croit. » Cette maxime d’Alain guide mes pas. La vérité ne se situe pas du côté du « ou » mais du « et ». Ainsi, j’ai œuvré à faire advenir le PACS, et je ne suis pas partisane du mariage homo. Je suis féministe et je pense que l’avenir de ce projet ambitieux dépend aussi des hommes qu’il concerne encore plus que les femmes. Je comprends la philosophie de l’action des Femen, et je désapprouve leur profanation des églises.

Si j’étais restée à ma place « officielle » de féministe, je n’écrirais pas ici. Et si, pour rester vivant, il valait mieux se déplacer que de garder sa place ?

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