Culture - Editoriaux - Histoire - Politique - Religion - 21 juillet 2016

Il y a isme et isme : l’islamisme disculpe, le populisme inculpe

Oyé oyé, vos petites cervelles de nauséabonds fachos devront, dorénavant, intégrer la notion de « radicalisation fulgurante », équivalent multiculturel du très redouté choc toxique staphylococcique.

On vous a déjà bien farci le crâne avec le loup solitaire, le déséquilibré de passage, le jeune sans histoire apprécié par l’imam et le boucher, le djihadiste autodidacte en cours du soir sur les réseaux sociaux. Eh bien, maintenant, vous allez être gavés de radicalisés fulgurés, même pas fichus, par définition, d’être fichés. Le précurseur, dernier « padamalgamé » en date, routier déprimé, victime ingénue de toutes les turpitudes que l’Occident mécréant et dépravé puisse inoculer dans un esprit éthéré : alcool, drague, femmes et frime, no mosquée, no ramadan ; un, somme toute, assez modéré.

Pour le prochain siècle, beaucoup de brainstorming en vue dans les rédactions, toutes propagandes confondues ; quid pour les prochains massacres : le bipolaire modéré-immodéré, le retour du Syrien refoulé, le martyr narcissique, le déshydraté converti, par les chaleurs qui courent !

Au choc des photos s’ajoutent la subtilité de la syntaxe, le choix des mots souvent à chaud et, évidemment, la règle du « isme ». Jurisprudence lexique, l’« isme » est bel et bien le b.a.-ba de la cryptologie du communiqué politique en post-attentat immédiat.

« Isme », suffixe généralement utilisé pour former un nom correspondant à une qualité, un comportement, un dogme ou une idéologie. Exercice pratique, les trois religions dites du Livre, par ordre d’apparition. Le judaïsme recouvre donc la religion des juifs, la théologie, la loi et les traditions culturelles du peuple juif. Logique. Idem, par extrapolation, pour le christianisme et les chrétiens. Pour la religion d’amour et de paix, l’islamisme est la religion des musulmans, ainsi que la théologie, la loi et les traditions culturelles du peuple musulman, l’oumma pour les initiés. Sophisme ou soufisme ?

André Malraux, ministre de la Culture sous Charles de Gaulle, n’avait, contrairement à nos élites contemporaines, pas très bien pigé l’usage subtil du « isme » dans ses déclarations.

La nature d’une civilisation, c’est ce qui s’agrège autour d’une religion. Notre civilisation est incapable de construire un temple ou un tombeau. Elle sera contrainte de trouver sa valeur fondamentale, ou elle se décomposera. C’est le grand phénomène de notre époque que la violence de la poussée islamique. Sous-estimée par la plupart de nos contemporains, cette montée de l’islam est analogiquement comparable aux débuts du communisme. Les conséquences de ce phénomène sont encore imprévisibles […] Aujourd’hui, le monde occidental ne semble guère préparé à affronter le problème de l’islam. En théorie, la solution paraît d’ailleurs extrêmement difficile […] Les données actuelles du problème portent à croire que des formes variées de dictature musulmane vont s’établir successivement à travers le monde arabe. Quand je dis « musulmane » je pense moins aux structures religieuses qu’aux structures temporelles découlant de la doctrine de Mahomet […] Peut-être des solutions partielles auraient-elles suffi à endiguer le courant de l’islam, si elles avaient été appliquées à temps. Actuellement, il est trop tard ! Nous avons d’eux une conception trop occidentale. Tout ce que nous pouvons faire, c’est prendre conscience de la gravité du phénomène et tenter d’en retarder l’évolution.

Point de « isme » dans ce syllogisme de 1956. André Malraux adepte de l’amalgame nauséabond ?

En ce qui me concerne, pige pas non plus. On balance un « isme » à islam et ça le disculpe. Par contre, on affuble « isme » à peuple et ça l’inculpe. Que c’est bien compliqué, tout ça, pour la cervelle d’un facho victime du « populisme » et… de l’« islamisme ».

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