Marine Le Pen a-t-elle fait de la danse classique ?

Avocat
 

Dans sa jeunesse, Marine Le Pen a-t-elle pratiqué la danse classique ? Tout porte à le croire, si l’on se fie à sa capacité à faire le grand écart, dont chacun sait qu’il s’agit d’une discipline éprouvante pour les ligaments. Mais ce grand écart permanent entre la ligne Marion et la ligne Philippot risque, à terme, d’empêcher la présidente du Front national de se relever à l’échéance de mai 2017. Comme dit le proverbe, on ne peut pas courir deux lièvres à la fois, et les positions divergentes adoptées au sein du parti provoquent un certain malaise dans son électorat traditionnel ; entendons par là l’électorat de droite.

Identité nationale, islam, liberté scolaire, programme économique, culture : les sujets qui fâchent ne manquent pas, au point de couvrir la quasi-totalité du programme du Front pour les élections présidentielle et législative. À vrai dire, on ne sait plus à quel saint se vouer.

Sur les questions sociétales, la ligne Marion est claire : prudente sur la question hautement sensible de l’avortement, elle n’en prône pas moins un progrès, en souhaitant revenir sur le remboursement intégral et illimité de l’acte. Une position de bon sens : lorsque des millions de nos compatriotes négligent soins dentaires ou ophtalmologiques, il est aberrant qu’un avortement soit remboursé à 100 %. Et si l’on veut véritablement faire baisser leur nombre – car un avortement n’est jamais un acte anodin, sans compter qu’il ne s’agit pas d’un soin ! -, il convient de ne pas inciter sans cesse à plus de suppressions de vies humaines. Proposer aux femmes en détresse des alternatives est la première chose à faire ; même les plus farouches partisans de cet acte peuvent en convenir : combien de femmes ont avorté parce qu’elles ne voyaient pas d’autre solution, qu’on ne leur proposait aucune alternative ?

Tollé du côté Philippot : l’avortement est un droit fondamental sur lequel il est hors de question de revenir. Sophie Montel avait même parlé de « sanctuarisation » le 1er mai dernier. La ligne Philippot est clairement libertaire sur ces questions. Et l’engagement de Marine Le Pen d’abroger la loi Taubira — autre question hautement sensible — est repris du bout des lèvres par le vice-président, qui n’a pas réussi à faire oublier la comparaison entre ce sujet et la culture du bonsaï.

Si l’on veut bien comprendre la prudence de certains responsables politiques à ce sujet qui vous diabolise presque aussi sûrement que la participation à un cortège néo-nazi, force est de constater qu’il n’est pas central dans l’esprit des Français.

Et qu’en rajouter, comme l’a fait Fillon lors du débat avec Juppé, ne donne pas une voix de plus au candidat. Au contraire, cela lui en fait perdre. L’aile gauche de l’électorat de Marine Le Pen est sans doute indifférente à ces problématiques. Son aile droite y est extrêmement sensible. Et il y a fort à parier que nombre d’électeurs potentiels sont en train de changer d’avis et pourraient bien, puisqu’il n’y a aucune différence entre les deux sur ces questions, voter Fillon en mai. Fillon, qui donne une image plus sérieuse que la clique Philippot.

À moins qu’il ne s’agisse d’une stratégie. Dans ce cas, c’est un coup de billard à 12 bandes… Totalement incompréhensible et surtout contre-productif. La droite de conviction, celle qui ne se reconnaît pas dans Fillon, pourrait encore voter Marine par défaut. À cause des questions européennes sur lesquelles elle reste la seule à prôner un renversement de perspective. Encore un petit effort et elle se détournera d’un parti ouvertement jacobin, libertaire et semblable à LR sur un point : il devient une auberge espagnole.

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