Aveugle et sourd aux souffrances de son propre peuple, dont il se réclame pourtant en permanence, face aux mécontentements grandissants ponctués de manifestations, de pillages de magasins, de violences sur les personnes qui se succèdent depuis des mois, le président Nicolás Maduro n’aura apporté qu’une seule réponse : décréter l’état d’exception le 17 mai. La situation économique et sociale est dramatique : pénuries d’eau, d’électricité, de produits pharmaceutiques, alimentaires, d’hygiène, etc., avec une inflation record.

Tous les jours, des entreprises ferment leurs portes. Il y a peu, la plus importante entreprise brassicole – Empresas Polar – a dû cesser sa production pendant plus d’un mois, faute de devises pour pouvoir acheter de l’orge ! Idem pour la fabrication locale de Coca-Cola, stoppée en raison d’un manque de matières premières, en l’occurrence le sucre.

Deux grandes compagnies aériennes qui desservent Caracas (Lufthansa et LATAM Airlines) ont annoncé, en début de semaine, que tous les vols étaient suspendus jusqu’à nouvel ordre, du fait de leur impossibilité à rapatrier plusieurs milliards de dollars de revenus payés en bolivars (la monnaie locale) au taux de change astronomique fixé par l’État. Faisant ainsi suite à la décision de plusieurs autres compagnies comme Alitalia, Air Canada, Air Europa et American Airlines.

La situation sanitaire s’est, elle aussi, dégradée avec la forte progression de la malaria, en particulier dans la zone frontalière avec le Brésil : plus de 50.000 cas au cours des trois premiers mois de l’année, une augmentation de plus de 50 % par rapport à 2015 pour la même période !

Constatant l’impasse politique actuelle, Luis Almagro, le secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA) qui regroupe 35 États indépendants et dont fait partie la République bolivarienne du , a invité l’opposition et le régime vénézuélien « à trouver une solution rapide ».

Le Conseil national électoral (CNE), très proche du pouvoir actuel, doit se prononcer sur les signatures collectées (près de 2 millions) par le MUD (Mesa de la Unidad Democrática), la coalition antichaviste qui tente d’imposer l’organisation d’un référendum pour obtenir la révocation de Maduro. Le CNE va d’abord vérifier si le quorum de voix requis, soit 1 % du corps électoral (197.978), a bien été atteint, puis il convoquera les signataires pour demander confirmation de leurs choix. Ensuite, cette première étape franchie, le MUD devra, en trois jours, réunir les signatures de 20 % de l’électorat, soit 3.959.570 personnes ! Alors, seulement, pourra être fixée la date du référendum : le « oui » devra dépasser les 7,58 millions de voix (nombre de voix obtenues par Maduro lors de l’élection présidentielle de 2013) pour obtenir sa révocation.

Mais la suspension et le report, à une date ultérieure à la dernière minute, de la réunion préparatoire du CNE jeudi n’augurent rien de bon.

Tous ceux qui connaissent ce pays le disent : attention danger si le CNE voulait être tenté de gagner du temps, car même si la patience et la passivité font partie de l’âme de ce peuple, rappelons que les grandes manifestations de 2014 avaient fait 43 morts et plus de 800 blessés…

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