Sweetie, le piège vicelard des Croisés du Bien

Dans le Notre Père de mon enfance, on disait au Seigneur « Ne nous laissez pas succomber à la tentation ». On ne le tutoyait pas. Vatican II et Mai 68 étant passés par là, on lui a demandé « Ne nous soumets pas à la tentation ». Il est vrai que ne pas y être soumis rend la vie moins difficile que d’avoir à lutter contre. Le 22 novembre prochain, retour en quelque sorte à la case départ. Ceux qui prient prononceront désormais : « Ne nous laisse pas entrer en tentation. »

Soumettre à la tentation, entrer en tentation et finalement y succomber, c’est exactement la tactique employée par les chasseurs de délinquants sexuels, ces nouveaux Croisés du Bien. Leur objectif : inciter au délit pour attirer le prédateur et refermer sur lui le piège pour mieux le regarder plonger. C’est un exercice très prisé chez les puritains, pays du Nord et surtout Etats-Unis – au passage, des pays où l’industrie du porno est des plus florissantes. Des femmes flics déguisées en prostituées y racolent le passant avec insistance jusqu’à ce qu’il leur emboîte le pas. Et là, clac ! les menottes. Et pas pour faire mumuse.

La technologie étant la mère du vice, l’ONG Terre des Hommes, au Pays-Bas, a eu l’idée de créer un piège à pédophiles sur Internet. Est ainsi née la petite Sweetie, une fillette Philippine de 10 ans, parfaitement virtuelle. Dans une conférence de presse à La Haye (on songe au Tribunal pénal international), Albert Jaap Van Santbrink a expliqué que, durant les dix semaines qu’avait duré l’enquête, « plus de 20.000 prédateurs issus de 71 pays différents ont pris contact avec cette “fillette”, baptisée ”Sweetie”, sur des forums publics de discussions : “Ils étaient prêts à payer Sweetie pour qu’elle se livre à des actes sexuels devant sa webcam.” », a-t-il dit. Les coordonnées des monstres ont été enregistrées et transmises aux services de police concernés.

Comment met-on une fillette de 10 ans, même virtuelle, sur « des forums publics de discussion » ? Comment, pourquoi, par quel mécanisme pervers de justicier dévoyé fabrique-t-on, justement, de la perversion et de la tentation ? Pourrait-on un instant réfléchir au principe, au procédé ?

Dans notre société simpliste, les chevaliers autoproclamés du Bien peuvent user de tous les moyens. Extrapolons. Demain, c’est sûr, il sera partout interdit de fumer. Y compris dans la rue. Faudra-t-il alors se méfier du copain qui, un soir de fête, vous proposera une clope en sortant du restau ?

Les hygiénistes vertueux m’effraient encore plus que les salauds…

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