Culture - Editoriaux - Politique - Religion - Société - 19 novembre 2015

La réaction doit d’abord être spirituelle

Dominique de Villepin, l’un des rares hommes politiques qui ait manifesté de la lucidité depuis une quinzaine d’années, et qui possède une réelle stature d’homme d’État, n’a cessé de répéter, et il y a encore quelques mois, avant les terribles attentats de cette année, qu’une guerre contre le terrorisme était impossible à gagner. On ne se bat pas contre une main invisible. Pire : les bombes larguées contre l’armée ennemie visible entraîne mécaniquement la prolifération de groupes djihadistes, qui ne songent qu’à la vengeance.

Les Russes, suivis des Américains, en ont fait l’expérience en Afghanistan ; l’Irak, la Syrie et la Libye ont subi la prolifération de ce cancer. Nous vivons dans un monde de réseaux, de divulgation d’images, de photographies et de vidéos sanguinaires, atroces, qui alimentent les vocations. La haine engendre la haine, dans une spirale que l’Évangile avait, en son temps, dénoncée. Et l’impression que l’on se trouve devant un conflit inexpiable de civilisations attise la fureur des uns et des autres, car l’on a la sensation vitale qu’il s’agit ici plus qu’une question d’intérêt matériel, mais d’un enjeu existentiel, d’identité.

Je pense que l’ouvrage de Pierre Manent, Situation de la France, offre de multiples pistes de réflexion. Certes, on peut ne pas partager son optimisme, lorsqu’il pense que l’islam est viable dans des pays de tradition chrétienne. Toutefois, ce qui ressort de sa méditation, c’est l’extrême complexité d’une conjoncture qui est l’achèvement d’un processus historique qui a commencé à la Renaissance européenne. Les deux mondes, chrétien et musulman, qui présentaient des points communs dans une vision traditionnelle ont divergé. La civilisation islamique n’a pas adhéré à la modernité, parce que le politique est, chez elle, phagocyté par le sociétal. Chez nous, l’individuation a laissé le champ libre au pouvoir de l’État modulable et flexible. La vocation du monde musulman est l’empire religieux. Ici, c’est la nation. Deux destins historiques se croisent, et ne se rencontrent que pour s’affronter.

La colonisation, l’impérialisme occidental ont humilié une société ombrageuse. La prétention modernisatrice européenne, puis américaine, a contribué à la déstabilisation, puis à la destruction des structures sociales, culturelles, politiques de l’islam. La mondialisation a rapproché les espaces, rendant possible l’exportation du terrorisme. Le vide spirituel et religieux occidental, sa tentation matérialiste, en rendant méprisable notre société, ont attiré les charognards. La mort de notre âme appâte les vautours. La tâche urgente est de nous convertir, de revenir à la religion de nos pères. La principale défaite des djihadistes sera notre retour à la foi.

À lire aussi

« Où est Steve », ou l’art de l’agit-prop

« Où est Steve ? », clament les murs de Nantes. …