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Quand l’ado normal se transforme en dangereux nazillon

Internet a ceci de particulier qu’il permet en quelques clics de découvrir toute la bêtise humaine. J’en veux pour preuve la dernière enquête de , apparemment spécialiste du Web, qui a « traqué », pour le compte du site arrêtsurimages, le créateur d’une chaîne YouTube (VOIRlaREALITEenFR).

Un tour rapide sur le site Internet de partage de vidéos et vous en découvrirez l’auteur : un adolescent “banal”. Ces vidéos sont pour la moitié du jeu vidéo, pour l’autre moitié des sketchs. Mais notre « chasseur du Web » a axé sa traque exclusivement sur quelques vidéos faisant la critique de l’immigration et de l’islam. Ciao l’ado normal, bonjour le dangereux nazillon.

Cette affaire symptomatique de notre époque montre très clairement que les médias sont en crise intellectuelle. Dans un monde en plein doute, sans doute le militantisme de notre jeune adolescent – blanc, de souche, habitant dans un pavillon et ne tapant que sur des touches – est-il plus intéressant que la violence quotidienne que subissent des milliers de personnes chaque jour.

Usant des méthodes classiques, le journaliste s’attarde tout le long d’un paragraphe sur la situation économique et sociale de la commune de résidence du jeune homme. Ainsi apprend-on que « les revenus fiscaux moyens par foyer y sont en effet de 3.050 € parmois » puis que « le taux de chômage en 2011 n’était que de 5,6 % » et enfin que « la gendarmerie dénombrait dans la région deux fois moins de violences aux personnes ».

La situation économique et sociale est devenue, associée à une bonne dose de sentimentalisme, l’alibi des délinquants, mais a contrario, elle sert aussi à minimiser les critiques émanant de personnes « qui, de toute façon, ne savent pas de quoi elles parlent ». Ainsi s’autorise-t-on à expliquer les crimes les plus horribles par le pseudo-rejet d’une société immobile et raciste mais on condamne sur la place publique un adolescent qui n’a pour seul crime que de s’être opposé à un système dont il n’est pas la victime directe. Or, oublie-t-on trop souvent, il existe encore une conscience collective chez certaines personnes, et la nier revient à dire qu’il faut forcément subir pour avoir le droit de parler. Quoi de plus absurde ? Surtout dans une ère où aides et débats sont de plus en plus internationalisés.

Le plus intéressant reste la conclusion du journaliste. On comprend que, pour Jean-Marc Manach, la critique de l’immigration et de l’islam est un des plus gros fléaux de notre époque. À deux doigts d’une comparaison avec la plaie qu’est le djihadisme, il nous indique que « des ados (pseudo-)anonymes peuvent donc contribuer à attiser la haine et radicaliser des centaines de milliers de gens ». La remise en question du système politique est interdite et jugée radicale (presque illégale).

Faut-il lui rappeler que, chaque jour, ce n’est pas la remise en question de l’immigration ou de l’islam qui tue des milliers de personnes, mais bel et bien des fanatiques religieux ?

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