Les 28 et 2, s’est rendu en Grèce pour signer, avec ce pays ami, un certain nombre d’accords mineurs dans les domaines économiques, rappelant les liens historiques entre les deux pays, etc. Une opération diplomatique somme toute classique. Mais ce qui l’est moins est la visite au monastère russe du mont Athos, où il est resté longuement prier en compagnie de son archevêque Kirill, mais aussi du président grec et du ministre des Affaires étrangères. Ce n’était donc pas seulement une visite diplomatique : c’était une rencontre au sommet, au propre comme au figuré, de l’orthodoxie.

La Grèce non seulement fut le premier pays orthodoxe, mais fut même pendant la guerre froide le seul au monde alors que la « répandait ses erreurs » partout ailleurs. En s’y rendant et en dirigeant ses pas sur les pentes du mont Athos, Poutine jette les premières bases d’une réunion entre frères.

Ce qui unit ces deux peuples n’est ni les « droits de l’homme » ni les « valeurs universelles », « humanistes », « démocratiques » ou autres épithètes vides dont le discours occidental est plein. Ce n’est pas, non plus, la compilation invraisemblable de traités et conventions de commerce de marchandises, de bourses, de capital, de pas-de-porte, et j’en passe, qui tient maintenant lieu de conscience aux pays de l’Union européenne, cette gigantesque galerie marchande.

Non, ce qui les rapproche, c’est l’Histoire, une histoire en particulier. L’histoire extraordinaire des frères Cyrille et Méthode. Il y a douze siècles, ils firent le chemin de Salonique pour s’établir un soir d’hiver dans le pays sombre et sauvage de Moravie, et y déposèrent un trésor. Et ce trésor était la foi. Et de Moravie, tous les peuples slaves furent unis par le sang à la chrétienté, non pas le sang coulant dans les veines mais le sang du Christ et des martyrs. Et cela vint avec une écriture, une science, une gréco-romaine. La , en somme, fut offerte d’un seul coup aux rudes peuples slaves que l’Occident n’avait su ni soumettre ni convaincre.

Les siècles et les idéologies, les conquêtes mêmes, n’ont pas pu briser ce lien d’aîné à puîné.

Bien sûr, tout cela n’est pour l’instant qu’une visite de courtoisie, de travail tout au plus. Il n’y a pas de renversement d’alliances, la Grèce ne quitte pas l’, ni l’OMS, etc. Et encore moins l’Union européenne. Elle n’enfreindra pas non plus au-delà du raisonnable les sanctions prises par celle-ci à l’égard de la Russie. La Russie, de son côté, n’aurait de toute façon pas les moyens de rétribuer un tel débauchage, c’est-à-dire de subvenir aux besoins pressants et énormes de la Grèce en liquidités. Bref, une coalition stratégique et politique n’est pas pour demain. Mais cela souligne d’autant plus la dimension avant tout culturelle, spirituelle, « civilisationnelle », dit-on aujourd’hui, de ce voyage.

L’éventuelle émergence d’une alliance politique orthodoxe appartient pour l’instant à l’avenir lointain. C’est l’inconnue du temps long historique, celui que plus aucune horloge ne décompte dans nos contrées encombrées de fibre optique, de nanosecondes, de « buzz ».

Ce n’est pas grave, Poutine, lui, peut attendre. Poutine est patient, Poutine est né un soir d’hiver, il y a douze siècle, en Moravie.

6 juin 2016

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles (excepté les brèves) sur une période de 5 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Vous pouvez désormais commenter directement sur Boulevard Voltaire :

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

La possibilité d'ajouter de nouveaux commentaires a été désactivée.