Culture - Editoriaux - Politique - Table - 12 juin 2013

L’extrême droite n’a aucun passé décent…

Le gauchisme fut, selon la célèbre expression de Lénine, la maladie infantile du communisme. Le gauchisme est aujourd’hui, selon une formule dont j’ai déposé le brevet, la maladie sénile du communisme. Et, comme chacun peut le comprendre, il n’y a pas d’âge pour être vieux…

Le gauchisme (ou plus simplement l’extrême gauche), c’est, pour reprendre une formule de Roger Peyrefitte, grand pédéraste devant l’Éternel, comme le supplice du pal. Ça commence bien, et ça finit mal… Rien à ajouter ? Si !

À sa naissance – dans les années 60 –, le gauchisme français, dans toute sa palette (trotskistes, maoïstes, anarchistes), fut totalement et radicalement anticommuniste. Le stalinisme était haï, le goulag vomi, et si le vieux Léon (Trotski) était vénéré, c’était, avant tout, parce qu’il avait été assassiné par un homme de main de ce bon vieux Joseph (Staline). À l’apogée de ce mouvement – en 1968 –, on défilait contre les « crapules staliniennes ». Et Georges Marchais était conspué pour avoir assimilé Cohn-Bendit à un anarchiste juif allemand. Cela fut. Et cela n’est plus.

Rien à voir avec un article, où l’inculture historique le dispute à la mauvaise foi, paru sur Boulevard Voltaire. On comprend bien qu’il s’agissait pour l’auteur de disqualifier l’extrême gauche « intolérante » opposée à l’extrême droite « tolérante ». Dans ce but affiché, Jean-Paul Sartre – adorateur, paraît-il, du goulag et d’autres abominations -, a été mis en concurrence avec Laurent, Blondin, Aymé et Nimier qui, eux, avaient du « talent ». Du talent ? Non, juste une plume, ce qui n’est pas du tout la même chose !

De son passé, le gauchisme a fait table rase. Mais il continue à structurer sa mémoire. Pauvre, pauvre extrême droite qui n’a aucun passé décent auquel se raccrocher. En effet, Vichy, ses prisons, sa guillotine, ses juifs livrés aux nazis, ça ne fait pas très chic. Et, bien plus tard, les colonels grecs, Pinochet ou Videla, ce n’était pas non plus le top.

Alors on fait avec ce qu’on a. Quelques écrivains au style impeccable qui palliaient une pensée assez pauvre par une solide dose d’insolence. Bof… Si on veut trouver dans l’après-guerre française un homme chez qui le talent se marie avec une grandeur d’âme et une générosité exemplaire, c’est vers Albert Camus qu’il faut se tourner. Il n’était ni de droite ni d’extrême droite, que je sache. Le 27 janvier 1945, l’auteur de L’Étranger écrit ceci à Marcel Aymé qui lui demandait de signer – il signera – une demande de grâce pour Robert Brasillach.

J’ai toujours eu horreur de la condamnation à mort et j’ai jugé qu’en tant qu’individu du moins je ne pouvais y participer, même par abstention. C’est tout. Et c’est un scrupule dont je suppose qu’il ferait bien rire les amis de Brasillach. Ce n’est pas pour lui que je joins ma signature aux vôtres. Ce n’est pas pour l’écrivain, que je tiens pour rien. Ni pour l’individu, que je méprise de toutes mes forces. Si même j’avais été tenté de m’y intéresser, le souvenir de deux ou trois amis mutilés ou abattus par les amis de Brasillach pendant que son journal les encourageait m’en empêcherait. Vous dites qu’il entre du hasard dans les opinions politiques et je n’en sais rien. Mais je sais qu’il n’y a pas de hasard à choisir ce qui vous déshonore et ce n’est pas par hasard que ma signature va se trouver parmi les vôtres tandis que celle de Brasillach n’a jamais joué en faveur de Politzer ou de Jacques Decour.

Pour changer d’opinion sur les fondamentaux historiques de l’extrême droite française, j’attendrai qu’on me signale un texte similaire écrit sous l’Occupation par un des délicieux écrivains cités plus haut… Par ailleurs, j’ai quelques doutes sur la capacité des Jeunesses nationalistes révolutionnaires (qui font aujourd’hui l’actualité de l’extrême droite française) à lire Camus. Mais on se rassurera en pensant qu’entre deux coups de poing contre les Arabes et les gauchistes, Serge Ayoub et les siens se réunissent pour lire les textes raffinés de Laurent, Blondin, Nimier et Aymé.

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