Ce 5 juin, on votait en . Pas moins de cinq votations au programme : une initiative populaire « en faveur du service public », une autre « pour un financement équitable des transports » (dite encore « vache à lait »), une modification de la loi fédérale sur la procréation médicalement assistée (LPMA), une modification de la loi fédérale sur l’asile (LAsi) et une initiative populaire « pour un revenu de base inconditionnel » (RBI).

Les modifications législatives (soutenues par le gouvernement fédéral) ont été acceptées avec, respectivement, 62,5 % (LPMA) et 73,5 % (LAsi) de « oui ». Les initiatives populaires furent, quant à elles, rejetées assez massivement, le revenu de base encourant presque 77 % de « non ».

L’initiative « en faveur du service public » (67,6 % de « non ») visait à renationaliser des anciennes régies publiques, motifs pris (notamment) de certains dysfonctionnements affectant ces services privatisés dans les années 1990 et 2000 (fermetures de bureaux de poste, augmentation des tarifs des transports publics, etc.). Elle a été écartée par pragmatisme. Celle communément dénommée « vache à lait » (70,8 % de « non ») posait la question de savoir si les impôts prélevés sur la consommation de carburant ne devaient pas être désormais intégralement affectées aux projets routiers (maintenance, construction de réseaux routiers et autoroutiers) et non partiellement, comme c’est le cas actuellement (la Constitution fédérale prévoit que la moitié des taxes sur les carburants est versée dans le Trésor public de la Confédération, l’autre moitié étant consacrée à l’entretien des routes [en réalité, seulement 36 % de ces impôts sont affectés aux dépenses routières]). Elle eût pu être adoptée au nom d’un principe de justice en vertu duquel l’argent de la route va à la route.

Mais, fort heureusement, nos amis suisses, dans leur grande sagesse démocratique, se sont gardés d’ouvrir la boîte de Pandore du revenu universel dont l’acceptation eût créé un précédent fâcheux en . En outre, l’instauration de ce salaire gratuit (2.500 francs mensuels, soit 2.255 euros !) devant se substituer aux assurances sociales (chômage, vieillesse, invalidité) aurait coûté jusqu’à 140 milliards de francs (plus de 131 milliards d’euros), soit plus de deux fois le budget de la Confédération !

La raison invoquée par les concepteurs de l’initiative tenait à la robotisation des tâches conduisant à la raréfaction du travail humain. Cependant, outre qu’une telle corrélation n’est pas aussi rigoureusement mécanique, nous posons la question suivante : de l’argent tombé du ciel, sans contrepartie (c’est-à-dire celle qu’engendre, précisément, le travail) pour (faire) quoi ? Consommer ? Car à quelle autre fin pourrait bien servir une somme aussi substantielle, sans parler du temps journalier soumis au rythme paresseux de l’oisiveté ?

Jadis, un illustre citoyen de la bonne cité genevoise considérait que « tout citoyen oisif est un fripon ». Comprendre ce dernier terme comme on l’entendait au XVIIIe siècle : voleur, fourbe, escroc. « La convoitise et l’impuissance mènent toujours là », confessait encore le même, qui semblait s’y connaître…

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