Discours - Editoriaux - Religion - 9 octobre 2015

Les enjeux du synode

Certains se représentent la doctrine catholique du mariage sous la forme d’un dogme incapable de se développer. C’est une erreur d’appréciation.

Pour me faire comprendre, voici un exemple. Les catholiques d’aujourd’hui s’agacent de s’entendre dire que l’Église a longtemps nourri une vision morbide de la sexualité et que, finalement, c’est la révolution sexuelle des années 60-70 qui l’a contrainte à modifier son discours. Il leur paraît inconcevable qu’elle ait pu simultanément annoncer l’incarnation du Verbe, la résurrection du corps et dénigrer la chair. Ce fut pourtant le cas, jusqu’aux encycliques de saint Jean-Paul II et Benoît XVI.

Conformément à l’opinion de saint Augustin présentant le mariage comme un simple remède contre le péché de chair, jusqu’à sa réforme de 1983, le droit canon enseignait que le mariage avait “pour fin première la procréation et l’éducation des enfants, et pour fin secondaire l’aide mutuelle et un remède contre la concupiscence” (1013-1).

Notons deux choses. Un “remède” suppose une “maladie” : c’était le désir sexuel, présenté alors comme une “concupiscence”, pas un péché en soi mais une trace du péché originel, là où la chair convoite contre l’esprit…

Si la vision de l’Église a pu évoluer, c’est parce que la foi chrétienne a toujours porté en elle l’idée que notre corps, loin de n’être qu’une “enveloppe charnelle” comme dans l’hindouisme, communique à autrui le mouvement de l’âme. Sous cette perspective, l’amour conjugal ne saurait se concevoir sans le corps : c’est pourquoi l’Église ne reconnaît pas le mariage sans union charnelle.

Quelle est la question aujourd’hui ? Rappelons que l’amour conjugal noue un lien naturel (délié à la mort du conjoint), consenti et volontaire. Le problème est de savoir s’il est pertinent, d’un point de vue anthropologique, d’asseoir la validité d’un engagement sur un seul moment figé dans le passé ; ce qui autorise l’un des deux à faire subir n’importe quoi à l’autre sous prétexte que l’autre a engagé sa parole un jour lointain. Le mariage chrétien, plus exigeant que le mariage païen, n’a de sens que s’il est entretenu par les conjoints. Cette évidence engendre des questions dont il est absurde de nier la légitimité.

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