Les élucubrations de M. Mbembé dans Libération

Le 2 juin, Libération publie un article et interview de quatre pages consacré à l’historien camerouno-français Achille Mbembé, « globe-penseur » et « anti-Finkielkraut par excellence », selon la présentation de Cécile Daumas. J’y ai vainement cherché une note positive, comme l’on pouvait s’y attendre, puisqu’il s’agit « d’anti-finkelkrautisme »…

Quelques extraits : « repli identitaire, une France […] qui redoute même son ombre, réveiller ce vieux continent, France, pays à bout de souffle, l’historien renvoie le continent européen à ses crispations et à son immobilisme, enfermés dans des frontière, des cultures et des identités, conscient planétaire […] communauté objective de destins qui doit l’emporter sur l’attachement à la différence, territoire [l’Europe] aussi accueillant qu’un banc de glace, violente par ennui, [où le] racisme qui va avec est, lui aussi, une forme de joyeuseté, montée en Europe de discours paranoïaques, boucs émissaires […] musulmans et toutes sortes d’étrangers ».

« La France peine à entrer dans le monde qui vient », titre l’interview de l’historien : d’autant plus curieux que des millions d’habitants de ce « monde qui vient » ne peinent aucunement à se précipiter en cette France et cette Europe rances, pour y chercher… une vie meilleure.

Le ciel m’est témoin, je ne cherche pas à jouer dans la cour des « grands » avec monsieur Mbembé. Pour ma part, je tâche juste de maintenir vivant un peu du bon sens paysan de ma grand-mère. Gageons que cet adepte d’un mondialisme total s’appliquera avec la même morve à vilipender les frontières du Cameroun, les terres de ses ancêtres et leurs racines, ethnies et traditions, ainsi que les insupportables « différences » que ce pays, à travers elles, aurait l’arrogance de vouloir maintenir et opposer à son déterminisme universaliste.

J’espère de tout cœur mais je crains fort l’une de ces fumisteries postcoloniales revanchardes. Le bon sens de ma grand-mère me dit de m’interroger sur l’emploi de cette terminologie de destruction massive à l’encontre de l’Europe et de sa civilisation, de cette curée historique aux relents revanchards. Au moment précisément où tout y est bazardé, sous couvert d’Europe et de droits de l’homme notamment, dans la plus dantesque opération « braderie-portes-ouvertes » de son histoire, monsieur Mbembé affirme que le continent doit apprendre… à s’ouvrir !

Il suffit de prendre un petit exemple parmi des milliers, et ce n’est pas un vain mot. L’Obs du 19 mai relatait ainsi l’histoire de cette actrice marocaine, Loubna Abidar, tabassée dans son pays, le Maroc, et traitée de pute (pour avoir interprété le rôle de l’une d’elles au cinéma), et nous sort tout à coup du chapeau une société marocaine « structurée par le machisme institutionnel et par la religion ». Nous qui pensions qu’il était du dernier chic d’y avoir un palace !

Si simplement monsieur Mbembé pouvait m’expliquer ce mystère mystérieux, ce mystère au carré, d’une actrice marocaine fuyant à toutes jambes son pays natal gangrené par le « machisme et la religion », pour venir se réfugier sur un continent « accueillant comme un banc de glace, paranoïaque, raciste ». Vieux continent rance, renfermé, raciste, islamophobe, dont la plus grande capitale (Londres) était sillonnée récemment par des autobus couverts du slogan « Subhan Allah » (Gloire à Allah), suite à l’élection d’un maire musulman (lien de cause à effet ou non, ce n’est pas le propos ici). J’ai hâte de voir monsieur Mbembé à l’œuvre, avec la même morve universaliste, sur la terre de ses ancêtres, pour y mettre à bas et piétiner comme du fumier racines, ethnies et traditions. Nous parions que nous ne l’y verrons jamais ?

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