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Patrick Rambaud a derrière lui une ample œuvre qui retient l’attention. Il se fit notamment remarquer par des parodies littéraires. Il écrivit en 2007 un délicieux traité « La grammaire en s’amusant ». En l’an de grâce 2008, sous la présidence de , il se faisait le chroniqueur de ce chef d’État bien singulier, narrant les premiers mois de ce souverain déroutant qui se faisait remarquer par ses foucades et ses surprenantes embardées. Le succès de ces Chroniques du règne de Nicolas Ier l’encouragea à poursuivre ; il prit donc un rendez-vous annuel avec ses lecteurs.

L’exercice du pouvoir du monarque, les mœurs des courtisans composant sa cour justifiaient la poursuite de cette entreprise de ravalement qui révélait bien des fissures souvent cachées derrière une façade d’une trompeuse grandeur.

Au prime abord, on pouvait voir dans son premier texte un libelle ou encore un pamphlet s’inscrivant dans un combat politique. Patrick Rambaud renouait avec une vieille tradition littéraire fort prisée au XVIIIe siècle, la satire. Le était tombé depuis en désuétude. Il fallait en ce temps-là du talent, de l’esprit, du courage. L’usage du passé simple, celui du subjonctif à l’imparfait donnaient un ton très Grand Siècle. On ne peut manquer de songer à Saint-Simon, puis aller d’une pirouette gambader autour de Boileau.

Au fil de ses chroniques, Patrick Rambaud déploie une verve de plus en plus caustique. Il est certes dès le début bien insolent – c’est une loi du genre – mais, poussé par les événements caractérisés par tant de soubresauts de ce monarque tressautant, il témoigne dans son portrait d’une cruauté ravageuse. Il a derrière sa plume une marque de fabrique, un ton, un style très particulier. La phrase se montre tour à tour pétillante, scintillante, puis elle se fait sarcastique en demeurant raffinée. Il faut dire que si son héros a montré, lors de l’exercice du pouvoir, sa désinvolture grammaticale et a ignoré la Princesse de Clèves, Patrick Rambaud, lui, a croisé La Bruyère et Diderot. Il n’a pas besoin de songer à Bossuet. Bien loin d’un éloge funèbre, voici avec Tombeau de Nicolas Ier une mise en bière grinçante.

Nicolas Ier est donc enterré et voici l’avènement de François IV. Reste à souhaiter que ce suzerain si épris de socialisme fasse demain l’objet d’une attention aussi ironique et quelque peu sarcastique que son prédécesseur. En attendant ce futur rendez-vous, il reste à se délecter de cette fête qui est une véritable réussite. Désopilant, ce qui est un comble pour un enterrement.

1 mai 2013

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