Par son ampleur et ses débordements, la manifestation anti-Hollande du 26 janvier 2014 attire l’attention sur ce qu’il est convenu d’appeler la droite en France. Côte à côte ont défilé tous les opposants possibles et imaginables unis par leur détestation : catholiques intégristes, zélateurs de Dieudonné, petits patrons et ouvriers, paysans portant tous leur bonnet rouge, représentants d’une France bien élevée, identitaires, nostalgiques de et nervis rêvant de castagne, bien décidés à passer à l’acte. Un inventaire à la Prévert qui se dérobe à l’analyse.

Ça bouge. Ça gronde. On apprend qu’un sondage, dont bien des données ont été tues, révèle que 50 % des Français souhaitent que la France ait « à sa tête un homme fort qui n’a pas à se préoccuper du Parlement ni des élections ». Jusque sur Boulevard Voltaire s’exprime la tentation dangereuse de l’antiparlementarisme.

Les anars de droite prolifèrent et éprouvent de plus en plus de véritables nausées devant les institutions. Aujourd’hui, bien des droitiers vont prendre le chemin de l’abstention. Une révolution silencieuse est peut-être en marche.

Hier, René Rémond, dans son célèbre ouvrage Les Droites en France de 1815 à nos jours, publié en 1968, voyait la coexistence d’une droite légitimiste, d’une droite orléaniste et d’une droite bonapartiste. Plus de cinquante ans se sont écoulés depuis, et a bien changé.

Une autre droite, que l’on pourrait appeler anarcho-libertaire, est née. Ses protagonistes seraient animés d’un individualisme radical. Les lointains descendants des hussards chers à Roger Nimier, privés désormais de tout mythe fondateur, sont mus, comme leurs lointains ancêtres de 1934, par un virulent antiparlementarisme. L’Église, elle aussi, prend parfois des positions inhabituelles. Ainsi, le cardinal Barbarin, archevêque de Lyon, déclare en 2013 : « Le Parlement, ce n’est pas Dieu le père… »

L’histoire, on le sait, ne se répète pas. On peut cependant relever parfois certains parallèles entre les événements. Au cours des années 1924-1925, la droite profondément catholique s’est élevée contre les doctrines laïcardes du Cartel des gauches. Au nom de la sainte Église apostolique et romaine, les ligueurs prétendaient, lors de leurs manifestations incantatoires, imposer un retour à l’ordre moral.

Dix ans après, l’affaire Stavisky – énorme scandale politico-financier – est la goutte d’eau qui fait déborder le vase d’une contestation se radicalisant au cours des années. Le 24 février 1934, à l’appel de l’Action française et des ligues patriotiques, les manifestants se massent place de la Concorde. La manif dégénère en émeute. C’est la ruée vers l’Assemblée nationale. La foule crie « À bas les voleurs ! » Les gardes mobiles tirent. Le bilan est lourd : on dénombre 15 tués, 669 blessés parmi les manifestants et 780 parmi les forces de l’ordre.

La manifestation contre le mariage pour tous, l’incertitude planant sur la définition de la famille en ce XXIe siècle naissant, la théorie du genre, les propos tenus lors de la modification de la loi sur l’IVG, certains propos antisémites montrent aujourd’hui la résurgence du religieux dans l’espace public.

Une véritable béance s’instaure entre un monde d’en bas et un autre aussi incompréhensible qu’inaccessible. Les politiques planent en leur stratosphère et ne semblent pas comprendre la véritable détresse morale qui s’ajoute à une profonde inquiétude économique. Ils ne se rendent pas compte de la radicalisation du rejet. Il faut toujours se méfier de la colère du peuple.

3 février 2014

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