Discours - Editoriaux - Histoire - Médias - Presse - 6 février 2013

Journalistes : tous des menteurs ?

Les journaux nous apprennent qu’un écrivain danois du nom de Lars Hedegaard a fait l’objet d’une tentative d’assassinat. Il est connu pour ses prises de position farouchement (excessivement ?) hostiles à l’islam. Ce qui lui a valu des menaces de mort provenant d’organisations islamiques ou islamistes (je ne suis pas assez versé dans ce délicat domaine pour faire la différence).

C’est une histoire parmi tant d’autres. L’intérêt, c’est l’expression utilisée par la presse : « Le controversé Lars Hedegaard ». En français normal, « controversé » veut dire « ce qui peut se discuter, être débattu, être contesté ». Ici, tel que les journaux l’utilisent, et dans le cas précis de l’écrivain danois, cela signifie « douteux ». Au pire, cela excuse par avance les assassins. Au mieux, ça vaut une oraison funèbre prononcée le dos tourné au cercueil de la victime.

« Controversé » fait partie de ces mots qui envahissent les médias, devenus une déchetterie où se déversent toutes les ordures langagières. Ces mots-là tuent la vérité. Assassinent le réel. Mais le réel finit toujours par se venger. « Controversé » est en bonne et nombreuse compagnie.

Ainsi le mot « citoyen ». On le croyait tombé en désuétude depuis la Révolution française. Que nenni ! Il est de retour. Omniprésent sur les ondes et à la télé. Dans sa publicité, la Banque postale proclame fièrement qu’elle est une « banque citoyenne ». Et ça veut dire quoi ? Rien. La Banque postale est une banque, ce qui l’éloigne quand même un peu des Petites Sœurs des pauvres. Publicité mensongère, donc.

Mais « citoyenne », c’est tellement chic. Savez-vous qu’il y a des « entreprises citoyennes » ? On supposera donc qu’elles ne cherchent pas, contrairement aux autres, les vilaines, à faire des bénéfices. Et connaissez-vous le sens de l’expression une « démarche citoyenne » ? Ramasser les crottes de votre chien, selon les élus écologistes de la Ville de Paris.

Continuons un peu. Qu’est-ce qu’un « jeune des quartiers » ? Tout le monde le sait, tout le monde comprend. Et tout le monde s’étonne ou s’indigne de cette tartufferie. Mais le journaliste qui a écrit ou, le plus souvent, recopié ces mots s’est protégé. Il a mis un préservatif sur le clavier de son ordinateur.

Et que dire des « collèges ambition-réussite », destinés à ceux qui, hélas, n’ont pas d’ambition et ne connaîtront pas la réussite ? Mais il y a mieux : le « collège-lycée élitaire ». Vous pensez, pauvres bourges, qu’il est question de Stanislas, de Louis-le-Grand, d’Henri-IV ou de Lakanal ? Pas du tout. Il s’agit d’un établissement « destiné aux décrocheurs scolaires » !

Certes, il n’y a pas mort d’homme. Juste une paresseuse et imbécile propension à nier ce qui est. Mais il y a mort d’autre chose. Quand les mots mentent, ils tuent le peu de confiance qu’on a encore dans les médias et dans ceux – gouvernants, pédagogues, sociologues du ruisseau – qui les inspirent. Tous des menteurs ? Le « tous des voleurs, tous des pourris » n’est pas loin. Et il n’y a rien de plus destructeur pour une démocratie.

Jean Daniel, du Nouvel Observateur, a écrit un jour que le journalisme était un « foutu métier ». Il a dû sans doute se retenir pour ne pas dire un « métier foutu ». Autre référence. Un professeur de journalisme, un vrai, un grand, Jacques Kayser, avait formulé ainsi ce qui était selon lui le rôle du journaliste : « Tenter de mettre en clair le discours confus et contradictoire du lecteur ». Aujourd’hui, ce sont les lecteurs, qu’on a bien tort de prendre pour des idiots, qui voient clair dans le discours confus et contradictoire des journalistes.

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