Pourquoi la critique que fait Éric Zemmour de l’historien américain Paxton est-elle importante ? Même si elle ne concerne, en volume, qu’environ 1 % de son livre Le Suicide français, c’est la première à être attaquée – non sans raison – par les de gauche.

La condamnation du régime de Pétain par Paxton a en effet été utilisée pour rejeter, entre autres, l’assimilation à la française ou la préférence nationale en les associant au régime de Vichy. Ces rejets constituent en eux-mêmes des valeurs chères à la gauche mais Zemmour remarque, justement, que sans cette préférence nationale en particulier, longtemps assimilée à une forme de racisme ou de xénophobie, il n’y a pas de nation.
 
La diabolisation de l’adversaire est une vieille arme politique. Ainsi, on pourrait remonter au procès des Templiers ou à la Révolution qui a donné libre cours à cette diabolisation, et plus récemment à qui déclarait sans rire qu’avec l’élection de François Mitterrand, la France était simplement passée « des ténèbres à la lumière ». La figure du diable étant, comme chacun le sait, associée aux ténèbres.
 
S’il n’y a qu’un seul diable qui est, selon l’Évangile de Jean, « le père du mensonge » et qui n’a pas de vérité en lui, la figure du diable ou la diabolisation peut facilement être utilisée en politique dans des buts pas très clairs. Ainsi, avec la diabolisation de quelqu’un comme Hitler, les autres « méchants » voient leur méchanceté relativisée, au premier rang desquels Staline. 

Jean-François Revel, courageux  journaliste anticommuniste, fatigué de la réflexion commune à gauche dans les années 80 selon laquelle le nazisme et Hitler représentaient le sommet du mal car les communistes avaient massacré au nom d’idéaux élevés, retourna l’argument en écrivant que cela le rendait en fait pire puisque au moins, chez les nazis, il y avait une certaine franchise – ou cohérence – entre l’idéologie et les actions, alors que les communistes cachaient leur jeu en massacrant au nom de la société sans classes et des lendemains qui chantent.
 
La diabolisation a un pendant : l’idolâtrie des adversaires du supposé diable. Aussi la diabolisation de Pétain a-t-elle permis le développement d’une certaine idolâtrie de De Gaulle et le gommage des côtés sombres de ce grand personnage historique, comme le massacre des harkis et la « trahison de la parole donnée » – comme disaient les militaires ou pieds-noirs partisans de l’Algérie française.
 
De même, en diabolisant Jean-Marie Le Pen et le FN, on a réussi dans les années 1980-2000 à relativiser toutes les turpitudes et promesses trahies à gauche comme à droite. Le critère suprême du bien et du mal étant de passer ou pas un accord avec le FN, les affaires de financement des partis, d’enrichissement personnel et autres passaient au second plan.
 
Diaboliser comme idolâtrer sont des façons simplistes d’aborder la complexité de la politique et de l’histoire, mais derrière, de grands intérêts politiques sont en jeu. Car ces procédés permettent, en se cachant sous une fausse morale, d’ouvrir la porte à toutes les propagandes.

15 novembre 2014

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles (excepté les brèves) sur une période de 5 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Vous pouvez désormais commenter directement sur Boulevard Voltaire :

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

La possibilité d'ajouter de nouveaux commentaires a été désactivée.