Depuis le 10 mai dernier, lorsqu’elle avait effleuré le niveau de 1,40 dollar pour un euro, la monnaie unique n’a cessé de baisser et ces derniers jours le mouvement s’est accéléré. À la clôture vendredi à New York, l’euro ne valait plus que 1,2685 dollars. Est-ce – comme l’affirme le Figaro – une aubaine pour la France et jusqu’où va-t-il descendre ?

L’euro baisse sous l’effet combiné des taux d’intérêts négatifs adoptés récemment par la BCE et de l’anticipation d’un relèvement des taux d’intérêt par la Fed au printemps prochain. C’est donc une baisse qui n’est en rien commandée par les flux inhérents à l’ réelle, puisque la balance des paiements de la zone euro reste structurellement très largement excédentaire. Que l’économie américaine déçoive – c’est mon scénario – et que la FED reporte sine die son changement de politique monétaire, et l’euro cessera de baisser voire rebondira.

Puisque le dollar monte, l’euro n’est donc pas la seule monnaie à baisser. Le yen, les monnaies des pays exportateurs de matières premières (Canada, Australie) et dans une moindre mesure le sterling baissent aussi. Rappelons que la France réalise la moitié de son commerce extérieur avec la zone euro et un peu plus d’un quart avec le Royaume-Uni. Si un effet positif pour nos exportations est à attendre, il se réduit donc au seul segment où nos exportateurs sont en concurrence directe avec leurs homologues américains sur les marchés extérieurs à la zone euro, typiquement la société Airbus et plus généralement le secteur de l’armement. En ce qui concerne l’ et le secteur du luxe, les gains que l’on peut escompter de la baisse de l’euro sont négligeables. Dans ces deux derniers secteurs en effet, produits de première nécessité et produits d’ostentation, on constate – pour des raisons inverses – une faible élasticité de la demande par rapport aux prix de vente.

Les grands gagnants de la baisse de l’euro seront davantage l’Allemagne, l’ et l’Italie. L’Allemagne parce qu’elle va retrouver une part de sa compétitivité perdue avec la chute du Yen au bénéfice des fabricants japonais et accroître ses marges sur les segments où elle est en position dominante voire de monopole, l’Espagne et l’Italie parce que ce sont les pays dont la demande à l’export est la plus élastique au prix (positionnement d’entrée de gamme dans les biens industriels).

La baisse de l’euro peut-elle au contraire nous pénaliser ? C’est en général le revers de la médaille, sauf que par chance cette fois-ci les cours des matières premières – pétrole compris – sont aussi en forte baisse. C’est un répit qui ne saurait durer éternellement.

La baisse de l’euro est-elle durable ? Avec une balance des paiements très excédentaire, la baisse de l’euro ne durera qu’un temps. Voyez comme le Japon a longtemps connu un Yen fort malgré un différentiel de taux d’intérêts très défavorable par rapport au dollar, la faute à ses excédents chroniques. Sur sa lancée, l’euro devrait toucher 1,20 dans quelques semaines, mais en deçà c’est la bouteille à l’encre, tout dépendra de la vigueur de la croissance aux et de l’évolution politique en France, le pays qui aujourd’hui est en première ligne parmi les membres à risque de la zone euro.

Conclusion, la baisse de l’euro n’est pas équivalente aux dévaluations du franc que nous avons connues dans le passé, loin de là. Qui plus est, la France est structurellement beaucoup moins compétitive qu’il y a vingt ans. En clair, aucun résultat positif significatif pour notre économie ne devrait en résulter. Sarkozy devrait y trouver une justification pour faire passer sa “révolution” libérale, et Marine Le Pen une preuve supplémentaire que décidément depuis trois décennies la France a été gouvernée en dépit du bon sens.

29 septembre 2014

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