Résumé des chapitres précédents.

Avant-dernier épisode. Du Brésil où il obtient la remise en liberté du roquefort, puis de Guyane où il passe en coup de vent dans le rôle ingrat d’un escort boy de madame Taubira, François Hollande, en quelques petites phrases sèches, balaie, sans même nommer son Premier ministre, les grands projets, les grandes espérances et les grandes illusions de Jean-Marc Ayrault. Une « remise à plat » de notre système fiscal ? Il n’y en aura pas. En tout cas pas de sitôt. En tout cas à mon rythme, suivant mes idées, sans rien remettre en cause de ce qui a été décidé par moi. Un bouleversement de notre politique d’intégration ? Vous n’allez quand même pas prendre en considération des propositions qui ont été imprudemment mises sur le site de Matignon, et qui n’auraient eu de valeur et d’intérêt que si elles figuraient sur le site de l’Élysée, où on ne les trouve pas et où on n’est pas près de les trouver.

Dernier épisode. D’Alger, dont le beau ciel bleu lui fait oublier un moment les tracas de Paris, Jean-Marc Ayrault, flanqué et épié de quelques-uns des ministres qui guignent sa place et passent une partie de leur temps à lui savonner la planche, remet vertement en place les journalistes, boucs émissaires par état, qui croient devoir donner de l’écho à de prétendues divergences entre le président et lui-même. « Des divergences ? Il n’y en a pas, désolé pour vous. » Jean-Marc Ayrault se conduit là en bon chien, qui, plutôt que de mordre, lèche la main du maître qui le frappe.

À quelle échéance finiront le bail précaire et le calvaire de l’actuel locataire de Matignon ? Combien de couacs encore, d’humiliations ravalées et de propos apaisants qui ne trompent pas plus l’assistance que le pieux mensonge de la femme trompée et battue qui jure ses grands dieux que c’est la méchante porte qui lui a mis l’œil au beurre noir ? On laissera les historiens de la petite histoire trancher si finalement Sarkozy ne traitait pas mieux son « collaborateur » que François Hollande son “ami”. Quoi qu’il en soit, nul ne parierait, ni un kopek ni un euro, que Jean-Marc Ayrault tiendra jusqu’à la fin du quinquennat. Beaucoup en viennent même à penser qu’il ne durera pas jusqu’aux municipales, a fortiori jusqu’aux européennes. Mais c’est le Président, un président dont l’affectivité n’est pas le fort, qui décidera du moment où il jettera comme un Kleenex son Premier ministre usagé.

Au-delà de l’anecdote et des questions de personnes, la pratique de nos présidents, depuis qu’ils sont les élus du suffrage universel, pose avec de plus en plus d’acuité un problème qu’il devient urgent de régler. Non seulement la dyarchie théoriquement établie par nos institutions ne fonctionne plus, mais outre qu’elle se traduit par un gaspillage financier et humain non négligeable, elle est génératrice de complications, de lenteurs, de malentendus, de conflits et finalement de dysfonctionnements insupportables. La France est le seul pays au monde qui se paie le luxe d’avoir deux gouvernements : le premier – le vrai, discret, secret, tentaculaire et omnipotent –, qui a son siège rue du Faubourg-Saint-Honoré ; le second – officiel, mais de pure forme –, qui se situe boulevard Saint-Germain, rue de Varenne, rue de Grenelle, rue Saint-Dominique, à Bercy où les ministres en titre, leurs cabinets, leur administration, sont coiffés, court-circuités, téléguidés en permanence par autant de conseillers occultes qui ont barre sur eux sans en avoir la légitimité.

De deux choses l’une. Ou le président se cantonne à son rôle de garant des institutions, décide des grandes orientations, de la guerre, de la paix, de la défense et de la diplomatie – ce qui n’est pas rien – et laisse le gouvernement responsable devant le Parlement gérer le quotidien et mettre en place l’avenir. Ou l’exécutif et le législatif sont clairement séparés, le Premier ministre, superfétatoire, est supprimé, et le président dirige une administration qui ne dépend que de lui avec le concours, sous le contrôle, et éventuellement face à l’hostilité du Parlement qui a la pleine maîtrise de l’établissement et de l’exécution du budget. Ou nous sommes dans un régime dit présidentiel, à l’américaine, ou nous revenons à un régime parlementaire, comme dans les grandes démocraties. Mais il faut en finir avec le système actuel où nous entretenons à grands frais le pouvoir et son ombre et où le Premier ministre n’est plus qu’une doublure, ou un doublon.

17 décembre 2013

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