Lors de son séjour aux États-Unis, comme des journalistes lui demandaient s’il soutiendrait des personnes, y compris des fonctionnaires gouvernementaux, « qui refuseraient par objection de conscience de valider des mariages de personnes de même sexe », le pape François a fait cette réponse : « Je ne peux avoir à l’esprit tous les cas qui existent en matière d’objection de conscience, mais je peux dire que l’objection de conscience est un droit. Elle entre dans les droits de l’homme. Et si une personne ne permet pas de faire objection de conscience, elle nie un droit. L’objection de conscience doit être dans toute structure judiciaire car c’est un droit, un droit humain. »

Réponse qui mérite d’être soulignée, au moment où le tribunal correctionnel de vient de condamner à cinq mois de prison avec sursis une élue socialiste qui, par conviction religieuse – elle serait de confession musulmane -, s’était débrouillée pour ne pas célébrer le mariage d’un couple de femmes. Peut-être un tel événement aurait-il eu plus de retentissement encore s’il s’était agi d’une élue des Républicains ou du Front national, fervente catholique ? Mais là n’est pas la question.

Le pape a donc déclaré que l’objection de conscience était un droit. Anarchiste, ce pape qui remet en cause l’application d’une loi ? En France, l’objection de conscience par rapport au service militaire fut progressivement reconnue à partir de 1963. Pour un médecin, la clause de conscience lui donne droit de refuser la réalisation d’un acte médical pourtant autorisé par la loi, mais qu’il estimerait contraire à ses propres convictions personnelles, professionnelles ou éthiques. La loi Veil du 17 janvier 1975 sur l’interruption volontaire de grossesse fait d’ailleurs référence à ce principe.

Les journalistes eux-mêmes peuvent, en cas de changement de propriétaire ou de la ligne éditoriale de l’organe de presse auquel ils appartiennent, démissionner tout en bénéficiant des droits liés au licenciement. En ce qui concerne le mariage homosexuel, on se souvient que François Hollande évoqua le respect de la « clause de conscience », en 2012, devant le Congrès des maires, avant de changer d’avis : on ne s’en étonnera guère.

Pour le pape, l’objection de conscience ou la clause de conscience répond à un principe. Au nom de ce principe, comme Antigone devant la loi de Créon, on pourrait, dans certaines circonstances, refuser d’appliquer une loi, à titre individuel. Ce principe a bien sûr ses limites, pour qu’une société soit gouvernable, mais il nous rappelle que les lois humaines sont imparfaites et relatives. Il faut relire les Pensées de Pascal qui ramènent l’homme à sa juste mesure : « En peu d’années de possession les lois fondamentales changent, le droit a ses époques, l’entrée de Saturne au Lion nous marque l’origine d’un tel crime. Plaisante justice qu’une rivière borne. Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà. »

Loin de cette humilité, nos dirigeants ont la certitude de détenir la vérité et veulent l’imposer aux autres. Ils n’admettent le droit à l’objection de conscience que lorsque cela les arrange. Ils prétendent défendre la liberté mais portent en eux les germes du totalitarisme.

« Pas de liberté pour les ennemis de la liberté ! » proclamait Saint-Just. Il a fait des émules.

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