Le français en perte de vitesse au Moyen-Orient

La semaine internationale de la francophonie vient de passer dans l’indifférence la plus totale.

Les médias sont, certes, débordés par les sujets très préoccupants de la campagne présidentielle : la taille du revers des vestes de François Fillon – 12 centimètres version Al Capone ou 8 cm preuve de probité -, combien de caractères saisis par l’assistante de Marine Le Pen à Strasbourg, combien à Nanterre ? Histoire de vérifier qu’elle ne soit pas un travailleur détaché.

Quant à nos hommes politiques, voyant celui qui met en cause l’existence de la culture française caracoler dans les sondages et encensé par les médias, ils préfèrent enterrer le sujet de la francophonie aux allures éminemment colonialistes, cela leur évitera d’être convoqués à La Haye pour crime contre l’humanité.

Mais revenons à notre sujet : le français, qui était une langue internationale, celle de la diplomatie et des cours royales, il y a moins de deux siècles, est en perte de vitesse comme l’est notre puissance en général (économique, militaire).

La perte d’une langue, c’est la perte d’une identité, et nous sommes en train de perdre la nôtre par lambeaux entiers.

Contrairement à l’idée reçue, le français ne disparaît pas dans les pays francophones au profit de l’anglais, mais plutôt du globish, une version de cette langue faite d’une centaine de mots et d’expressions. Le globish, comme son nom l’indique (anglais planétaire), a pour vocation de devenir la langue universelle : l’identité unique se doit d’avoir une langue unique.

Le poids d’un pays se mesure dans le monde à celui de sa langue et de sa culture, alors qu’en est-il du français dans sa zone d’influence au Moyen-Orient ?

En Syrie, la langue française se résume à une petite partie de la communauté chrétienne aisée. Le niveau éducatif syrien étant proche du néant, le sujet est vite balayé. Il n’y a, en effet, guère d’universités prestigieuses et encore moins d’écoles de bon niveau. L’élite syrienne, si tant est qu’elle existe, est formée à l’étranger : en Bulgarie et en Roumanie ; en Allemagne, pour les plus chanceux.

C’est au Liban que se trouve le moteur de la francophonie dans la région. Or, si le rôle de la France n’est pas négligeable dans ce maintien de la langue française, les écoles et universités chrétiennes locales y sont pour beaucoup.

Grâce à la représentativité et à la souveraineté de sa population chrétienne, le Liban possède un réseau scolaire unique dans la région et qui n’a rien à envier au meilleur d’Europe. Quant à ces universités, elles concurrencent sans complexe les plus cotées d’Occident.

Si la pratique de la langue française est, certes, en difficulté, rappelons que la quasi-totalité des écoles primaires et secondaires de haut niveau (et elles sont très nombreuses) sont francophones et n’ont pas d’équivalent anglophone. Les jeunes Libanais chrétiens y apprennent le français non pas comme langue vivante mais comme langue maternelle. Ce n’est qu’au niveau universitaire que la concurrence est rude entre l’université Saint-Joseph (jésuite francophone en contrat avec l’académie de Lyon) et l’excellente université américaine de Beyrouth.

En réalité, la langue française est en perte de vitesse auprès des couches populaires chrétiennes, mais pas plus qu’elle ne l’est auprès des mêmes couches françaises. Cette langue sophistiquée et élégante est perçue comme aristocratique et plus difficile à pratiquer ; personne ne vous corrigera une faute de syntaxe en globish.

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