Editoriaux - Politique - Table - 19 décembre 2016

Faut-il faire de la réduction des dépenses publiques une priorité absolue ?

Lors du sommet du 9 décembre 2011, les États européens s’étaient engagés dans la négociation d’un nouveau traité renforçant davantage la discipline budgétaire (TSCG). Ce traité fut, finalement, signé en mars 2012 par les chefs d’État, dont Nicolas Sarkozy, et ratifié, en ce qui concerne la France, le 11 octobre. Même si François Hollande, lors de sa campagne, s’engageait à le dénoncer, il n’en fit rien. Cinq années se sont écoulées depuis et force est de constater que les résultats obtenus sont contrastés et globalement mitigés, les bons élèves (Allemagne, Pays-Bas et Autriche) parvenant à peine à compenser la piètre performance de l’Espagne, la France, le Portugal, l’Italie, la Grèce, la Croatie et la Slovaquie. La montée des partis populistes et europhobes n’a pas tardé à fixer les limites de la politique d’austérité budgétaire et, en août dernier, la Commission a dû renoncer à infliger au Portugal et à l’Espagne les sanctions prévues par le traité.

Alors que la campagne pour la présidentielle débute en France, un seul parmi les cinq principaux candidats – François Fillon – a eu le cran de faire de la baisse des dépenses publiques une priorité. Chez les quatre autres, seul Jean-Luc Mélenchon affiche clairement une position diamétralement opposée. Les socialistes et Emmanuel Macron ne disent rien sur le sujet ; quant au Front national, on attend toujours son programme définitif.

Le candidat des Républicains nage-t-il à contre-courant ou bien a-t-il raison de persister ?

Qu’il faille réduire la dette publique est une évidence incontestable. La dette publique est aujourd’hui égale au PIB de la France. Elle mobilise 14 % des ressources de l’État, rien qu’au titre des intérêts, malgré un contexte de taux bas. Si rien n’est fait pour renverser la vapeur, dans une génération, c’est 25 % des recettes au minimum que l’État devrait consacrer au paiement des intérêts. Que, pour y parvenir, on ne puisse plus, aujourd’hui, compter sur la hausse des impôts, cela va sans dire : François Hollande aura au moins servi à le démontrer. Que l’on ne puisse, pas plus, compter sur le retour de la croissance est une idée qui peine encore à s’imposer ; pourtant, elle n’est pas moins juste. En effet, si selon Keynes la dette favorise la croissance, nous savons aujourd’hui que l’excès de dette pèse sur la croissance. Je n’évoque pas, ici, d’autres facteurs comme la contrainte écologique, la surpopulation, les tensions géopolitiques qui seront autant de freins à la croissance dans les années à venir. Ne reste donc, au fond de la boîte à outils, que la baisse des dépenses, n’en déplaise à Jean-Luc Mélenchon.

À l’époque où il n’y avait pas d’anesthésie, les dentistes détournaient l’attention du patient avant de tirer d’un coup sec pour arracher la dent malade, une métaphore qui illustre la problématique de la dette à double titre. Premièrement, un candidat compromet-il ses chances d’être élu à annoncer publiquement, lors de sa campagne, une baisse des dépenses publiques ? Telle est la première question. Et si, d’aventure, il était élu, doit-il procéder par petites touches ou d’un grand coup de bistouri ? Telle est la seconde question. En dehors de l’hypothèse de l’abandon de l’euro assortie d’une dévaluation massive, le programme de François Fillon, c’est le grand coup de bistouri, probablement le programme le plus rationnel de tous ceux que présentent les candidats. Mais comment détourner l’attention des électeurs, c’est tout le problème.

À lire aussi

Que signifie « système » dans l’expression « anti-système » ?

Qu’est-ce donc que le système ? …