Editoriaux - Politique - 29 mai 2014

Européennes : et maintenant ?

Le décrochage du PS, à force de déni fantastique du réel, ne peut que diviser et marginaliser plus encore une gauche désertée par les couches populaires (ou en voie de déclassement) ainsi que par ses électeurs de remplacement. Dilemme de Hollande : trancher, c’est mourir, d’un côté ou de l’autre (clientèle ou rigueur européiste). De plus, personne à gauche ne pourra jamais poser réellement le problème de l’immigration, désormais au cœur de la réaction électorale…

Pour l’UMP, ripoliner en surface ne pourra pas suffire ; il lui faudra trancher sa contradiction native : la France ou l’européisme. Or, c’est mortel d’un côté comme de l’autre, de façon assez analogue à ce qui arrive à Hollande.

Enfin, ni l’UMP-UDI ni le PS n’ont le moindre « plan B ». Ils ne peuvent dépasser leurs contradictions internes. Ils sont à court « d’habillage ». Sarkozy a épuisé les trucs. Hollande a décrédibilisé ce qui subsistait.

Qui va phagocyter l’autre, de l’UMP ou du FN, ou vont-ils ensemble exclure le PS ? C’est ce que l’on verra ; au plus tard, ce sera fait en 2017. Au plan électoral, la formule la plus propre au tropisme français pourrait être : un FN ressuscitant une façon de RPR, une UMP s’assumant sans reste comme une UDF boboïste, et un PS qui rejoint en désordre « la gauche de la gauche » pour s’y perdre.

Soit le FN échoue à se « RPRiser » par sectarisme d’appareil et insuffisance politique, et il reflue, les deux autres s’affrontant au profit de l’UMP-UDI, la gauche étant défaite pour longtemps — le programme anthropo-atlanto-européiste se poursuit alors de plus belle, et avec lui la dissolution de la France et sa disparition sous la submersion migratoire. Soit il y réussit et c’est l’UMP-UDI qui se dissout dans le triangle des Bermudes centriste, avec la « droite de la gauche », et tout est possible.

Au plan politique, la ligne de fracture n’est plus gauche-droite (ou libéral-étatique, ou économique-social, etc.) mais bien la reprise politique puis civilisationnelle de notre pays (et à terme celle — civilisationnelle puis politique — de l’Europe) contre notre dissolution technique dans la mondialisation, avec la prolétarisation et tiers-mondisation qui vont de pair.

On a bien des fois souligné les faiblesses intrinsèques au FN, ses limites ou blocages. Trop étroitement parti (et même « PME familiale ») et pas assez mouvement, le FN devra s’associer à une autre force politique pour l’emporter. Ceux qui pourraient y participer sont nombreux, mais dispersés en mille éclats, centrés sur leurs petites particularités, parfois égotistes. Le RBM n’est conçu que comme un sas vers le FN pur jus pur sucre.

Il faudrait donc construire une structure politique de type fédération, appelée à jouer un tel rôle complémentaire… plutôt que de réinventer l’eau chaude chacun de son côté, pour finir par n’avoir d’autre choix que de rejoindre le seul FN, au risque de son échec, ou de rester vain face à ce qui survient.

À lire aussi

Oui au Rendez-vous de Béziers, mais après ?

Il faudrait, dans la foulée de Béziers, mettre en place un forum internet indépendant. …