Le Conseil d’État ramènera-t-il à la raison les détracteurs des crèches placées dans les lieux publics ? Si rien n’est certain, les conclusions du rapporteur public, lors de l’audience du 21 octobre dernier, le laissent espérer.

À la fin de l’année 2015, deux cours administratives d’appel avaient rendu des décisions contradictoires. Celle de Paris avait ordonné le retrait de la crèche installée dans la mairie de Melun, tandis que celle de Nantes avait estimé qu’il n’y avait aucune atteinte au principe de laïcité par le conseil général de Vendée, qui en avait exposé une dans ses locaux. Ainsi le Conseil d’État était-il saisi d’une question précise : “Une crèche de Noël est-elle un signe ou emblème religieux dont l’installation dans un bâtiment ou emplacement public est systématiquement interdite par les dispositions de la loi du 9 décembre 1905 garantissant le respect du principe de laïcité ?”

Le rapporteur public, censé donner un avis en droit pour éclairer les magistrats, a estimé vendredi que l’installation d’une crèche dans une mairie ne peut être autorisée qu’à trois conditions : que cette exposition soit temporaire, qu’elle ne s’accompagne d’aucune manifestation de prosélytisme religieux et, enfin, qu’elle revête le caractère d’une manifestation culturelle ou au moins festive. L’art de tourner autour du pot.

Ce sont quelques associations de « libres-penseurs », c’est-à-dire de farouche anticléricaux, qui avaient saisi les juridictions administratives en 2015 pour faire condamner ce qu’elles estimaient être des manifestations contraires au sacro-saint – si l’expression est autorisée – principe de laïcité. Et ces actions judiciaires sont révélatrices d’un esprit pour le moins tordu.

La laïcité est une notion chrétienne, n’en déplaise à ses sectateurs. Seul le monde chrétien connaît ce principe, tiré de la parole du Christ « Rendez à Dieu ce qui est à Dieu, et à César ce qui est à César ». Cette notion signifie la légitime autonomie du pouvoir temporel sur le pouvoir spirituel, chacun dans son ordre. Elle n’implique aucune séparation totale, la loi civile étant, dans la conception classique, ordonnée à un bien supérieur. Les républicains de la fin du XIXe siècle l’ont pervertie en séparation totale, sous-tendue par une négation de toute transcendance, et par un athéisme militant. La laïcité française, dans sa version républicaine, n’est pas une neutralité qui respecte la liberté de conscience, mais un athéisme d’État. Cette conception, heureusement pacifiée au cours du XXe siècle, reste fortement ancrée dans l’esprit de la gauche en général, et des anarcho-libertaires en réalité. Comme s’ils craignaient l’expression de la foi des croyants.

Installer une crèche dans un lieu public, au cœur d’un pays modelé par le christianisme, n’a aucun caractère scandaleux. C’est, avant toute chose, une manifestation culturelle, identitaire si l’on veut utiliser ce terme. Elle n’implique pas de prosélytisme religieux. Et, dans un État qui ferme les yeux sur les entorses à la loi de 1905 lorsqu’il s’agit de l’islam, il faut une sérieuse dose d’hypocrisie pour y voir une atteinte à la liberté de conscience des citoyens. Soyons clairs : ce n’est que d’antichristianisme primaire qu’il s’agit.

La proximité d’échéances électorales pourrait bien amener le très bien-pensant Conseil d’État à faire preuve de modération. Souhaitons-le, pour notre pays qui a besoin de retrouver ses racines culturelles et spirituelles à la veille d’une confrontation qui semble de plus en plus probable avec des forces de destruction massive de notre identité.

22 octobre 2016

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