Discours - Editoriaux - Histoire - Polémiques - Santé - Société - Table - 30 novembre 2016

Comment sauver Nancy ?

L’œuvre de Leonard Cohen est obscure, dérangeante et parfois dépressive. Parmi les pépites qui émaillent ses albums, il est une chanson particulièrement triste (mais il y en a tant) : “Seems So Long Ago, Nancy”. Elle parle d’une jeune femme de 21 ans qui s’est donné la mort et lui rend hommage.

Le neveu de Nancy, Tim Challies, qui ne l’a jamais connue, a écrit la triste histoire : une jeune fille psychiquement instable et malade, trop libre dans un milieu soucieux des convenances, qui donne naissance à un fils confié à l’adoption et qui clame son « besoin d’un gourou » avant de commettre l’irréparable avec l’arme de son frère, le père de Tim. Elle est suivie quelques années après par son père qui, lui aussi, met fin à ses jours. Cette histoire serait totalement désespérante si elle n’avait été le chemin, oh combien tortueux et douloureux, de conversion de la mère, du frère et du neveu de Nancy : ils ont, eux, trouvé le « gourou », mais c’est une autre histoire.

Aujourd’hui, la doxa en vigueur dirait à Nancy d’aller avorter sans se soucier de la fragilité psychique de cette jeune femme. Pour quelles conséquences ? La mort certaine de son enfant, mais pour elle ? Quelles blessures, quelles amputations, quelles culpabilités hanteraient cette femme déjà si vulnérable ? Nul n’est prophète, nul ne peut modifier ex post les paramètres de l’histoire pour en changer la fin. Peut-être que Nancy et son père auraient poursuivi leur vie, aussi heureux que possible, jusqu’à un terme plus normal. L’arithmétique des vies humaines est une discipline parfois abjecte.

Demain, dire aux Nancy de France, malades ou non, fragiles ou solides, qu’il existe une alternative à l’avortement sera sans doute punissable de deux ans de prison et de 30.000 euros d’amende. L’injonction de jouissance sans contraintes véhiculée partout ne connaît pas de limites – témoin les déplorables affiches si polémiques qui ont défrayé la chronique récemment. Les Diafoirus en place n’en démordront pas : l’avortement est l’ultime panacée, et toute opinion dissidente sera combattue par la loi du pays qui s’érige en patrie des droits de l’homme. Prompt à brandir ses slogans, le camp des pro refuse toute tentative de discussion argumentée et dépassionnée. Ont-ils peur de la raison, pour réduire au silence ainsi les anti ?

Le monde est confronté à une divergence a priori ingérable : la maturité sexuelle arrive plus tôt avec des pubertés de plus en plus précoces, quand la maturité économique tend à intervenir plus tard. Dès lors, où sont les signaux de simple santé publique qui indiquent qu’une sexualité trop précoce, irresponsable parce qu’exclusivement ludique, est une impasse trop risquée ? Et pourtant, le discours « ringard » qui prône une sexualité mature et responsable, qui ne dissocie pas le plaisir et la procréation, n’est-il pas la simple marque du bon sens ?

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