Editoriaux - Médias - Politique - Supplément - 11 mars 2017

« Avec qui ? » : c’est tout le problème de Macron…

Boulevard Voltaire avait très tôt pointé les raisons politiques qui rendaient la candidature Juppé vouée à l’échec. Les médias et l’intéressé lui-même ont visiblement eu du mal à reconnaître cette réalité puisqu’il a fallu une seconde mort politique du maire de Bordeaux, lundi matin, pour qu’ils en soient enfin convaincus. Ce fut pathétique, mais c’est acté.

Pour M. Macron, on assiste à un phénomène comparable. Chouchou des médias, il occupe comme Juppé le créneau du centre. Avec un atout supplémentaire : il se veut un objet nouveau inclassable. Mais la situation politique et sociale actuelle rend son créneau centriste extrêmement étroit et son pari promis à un échec sanglant. Chers marcheurs, préparez vos mouchoirs pour le soir du 23 avril …

Mais il n’empêche : notre politologue en chef Olivier Duhamel, l’inventeur du concept de cristallisation électorale, nous a révélé vendredi soir que le phénomène s’était produit ce 10 mars : ça y est, Macron est notre prochain Président. Le même Olivier Duhamel qui avait prédit l’élection de Mme Clinton.

Déjà Président, M. Macron fut donc invité par Sud-Ouest, le quotidien bordelais orphelin de Juppé, à nous dire quel Président il serait. Aucune surprise dans sa réponse : il ne sera ni Sarkozy ni Hollande. Se démarquant de l’hyper-Président comme du Président normal, il brosse le portrait de ce Président du 3e type :

Le président est le garant des institutions et il est en même temps l’arbitre. L’arbitre ne peut être l’acteur de tout.

Banal retour à la conception gaullienne des institutions ? Mais M. Macron va plus loin : “Présider, ce n’est pas gouverner.” Ah, bon ? Les Français seraient-ils en attente d’un Président qui ne les gouvernerait pas ? Mais alors, à quoi ressemblerait un gouvernement du Président Macron ? Ce serait “un gouvernement très resserré”. Des noms ?

Je ne sais pas. C’est ouvert, car c’est une décision qui dépend aussi des circonstances de l’élection.

Donc, M. Macron « ne sait pas » avec qui il va gouverner… Cela dépendra des circonstances… En fait, de la majorité qui sortira des législatives en juin. Car il est bien obligé de reconnaître que, coincé entre la gauche historique, la droite et le FN, son nouveau parti ne pourra obtenir de majorité à l’Assemblée. “Nous ne pourrons pas construire les mêmes majorités qu’hier.” Ses candidats à lui viendront de “familles politiques multiples”. “Des gens cohérents et solides.” Robert Hue, Dany et François Bayrou ?

En réalité, M. Macron, loin de favoriser un retour aux fondements de la Constitution de 1958, gage de clarté et de stabilité, cherche au contraire à les saper. Il fait le pari d’une Assemblée sans majorité claire, d’un pays ingouvernable. Certains, à gauche, comme M. Mélenchon, souhaitent l’institution d’une VIe République. M. Macron, lui, se verrait bien en président de la IVe. Avec des majorités de « circonstances »…

Il a oublié un détail d’importance : le 23 avril prochain, le Président ne sera pas élu par les parlementaires, tous ces ex-communistes, ex-écologistes, ex-socialistes, ex-centristes en déshérence qu’il a attirés à lui, mais par le peuple. Il n’est pas sûr que le peuple veuille d’un Président qui « ne sait pas » avec qui il va gouverner.

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