Les chaînes d’information continue étaient aux anges, ce week-end : Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, avaient choisi la ville de Lyon pour un grand meeting de campagne, tandis que Benoît Hamon recevait l’investiture du PS. Parmi les grands candidats, il ne manquait que François Fillon, qui cherche désespérément à se dépêtrer du filet dans lequel il s’est lui-même pris.

Pendant ce temps, de plateau en plateau, un homme cherche à lancer son dernier ouvrage : Confusion française. Excusez le lapsus ! fait la promotion de Résolution française : un titre qui convient bien aux obsessions de ce Béarnais, têtu comme un Breton, qui pourrait bien annoncer sa candidature à la présidentielle – la quatrième – dans une huitaine de jours : “C’est la chance d’un nouveau départ”, prévient la quatrième de couverture.

Le lapsus est pourtant révélateur : est l’homme de la confusion. Ce vieux routard politique a participé à des gouvernements de droite, a flirté en 2007 avec Ségolène Royal, a voté en 2012 pour François Hollande, a associé localement le MoDem à des majorités hétéroclites, a conquis la mairie de Pau avec l’aide d’ qui lui fit la courte échelle.

Ce parcours en zigzag illustre sans doute sa volonté de se situer au-dessus des partis et de rassembler. Il affirme, aujourd’hui, vouloir l’alternance. Lors de la primaire, il a soutenu le maire de Bordeaux, son ami de trente ans, qui n’en demandait pas tant. Il aurait eu du respect pour François Fillon, réprimant son envie de le concurrencer à l’élection présidentielle.

Mais maintenant que le candidat de droite est en difficulté, il se dit que c’est peut-être son tour. Invité de l’émission « Le Grand Jury » sur RTL, il a estimé que François Fillon devait se retirer de la course : “Les Français pensent – et je pense comme eux – qu’il n’a pas d’autre solution que celle-là pour retrouver un débat qui soit à la hauteur.”

C’est peut-être sa chance ! Le centre gauche est occupé par Emmanel Macron : il lui reste le centre droit ! Alors, il n’exclut pas de se présenter : il a des idées, il pourrait être l’homme de la situation, il aurait sans doute le soutien d’Alain Juppé, autre vieux routard qui a pris un coup de jeune dans l’ivresse d’une primaire… s’achevant par une gueule de bois.

François Bayrou n’est pas sans qualités, dirait-on par euphémisme. Il n’a pas été le plus mauvais des ministres de l’Éducation nationale, même si de mauvaises langues l’accusent d’avoir pratiqué la cogestion avec des syndicats de gauche. Sa critique de la funeste réforme du collège est mille fois pertinente. Mais, lorsqu’il était rue de Grenelle, sa propre réforme n’a guère redressé la pente où déclinait déjà l’enseignement.

François Bayrou n’a pas bu l’ambroisie qui conserve une éternelle jeunesse. Il date. Il ne ferait pas le poids auprès de prétendants comme Emmanuel Macron, Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon – qui sait se renouveler, et même se dédoubler – ou encore Marine Le Pen. Une seule certitude : en empiétant sur son électorat, il ferait perdre la droite.

Constant dans son discours, inconstant dans ses alliances, si d’aventure Macron était en passe de l’emporter, il deviendrait probablement macroniste et ambitionnerait de devenir son mentor. Nombre de politiciens, aujourd’hui, devraient méditer la sagesse du Cyrano d’Edmond Rostand : “Avoir un ventre usé par la marche ? une peau / Qui plus vite, à l’endroit des genoux, devient sale ? / Exécuter des tours de souplesse dorsale ?… / Non, merci !”

6 février 2017

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