Editoriaux - Histoire - Souvenir 14-18 - 23 août 2014

24 août : 1.500 Vendéens face à 12.000 Allemands

C’est une des nombreuses histoires oubliées de la Grande Guerre, comme il en existe tant d’autres. Ce 24 août, de violents combats ont lieu à Tournai, notamment dans le faubourg Morel. Face à face : l’avant-garde de l’armée allemande, notamment le Jäger Bataillon Nr. 10 et deux bataillons des 83e et 84e régiments d’infanterie territoriale (RIT) français. Les soldats français, tous âgés de 35 à 41 ans, viennent des campagnes de Vendée. Ils appartiennent aux classes 1892 à 1898. Ils sont pour la plupart agriculteurs, cultivateurs, journaliers. Ils ont répondu à la mobilisation générale pour défendre la patrie mais n’ont que des moyens limités : des vieux fusils Lebel, 27 kg de paquetage sur le dos qui coupent les épaules… Ils sont surtout fatigués par les marches des semaines précédentes. La veille, ils étaient encore dans le village de Wannehain distant d’une dizaine de kilomètres. Ils ont reçu l’ordre de couvrir la zone de rassemblement de la 88e division d’infanterie territoriale (88e DIT) commandée par le général Curé, dans la direction de Tournai.

Dans la nuit du 23 au 24, le général Antoine de Villaret, commandant la 176e brigade territoriale, est averti par des éléments de reconnaissance que Tournai n’est pas occupé. Il ordonne aux 83e et 84e RIT de faire mouvement. À six heures du matin, c’est par le carrefour de la Bleue Vache (“l’Bleusse Vaque”, comme l’appellent les habitants du village d’Esplechin) que les soldats français vont entrer sur le territoire belge. Ils rejoignent ensuite la “Cité des cinq clochers” pour organiser sa défense. Le général de Villaret place ses 1.200 hommes aux endroits stratégiques de la ville. Chaque soldat dispose de 100 cartouches. Mais il n’y a pas d’artillerie lourde. Face aux territoriaux vendéens, 15.000 Allemands se terrent dans les villages de Rumillies, Mourcourt et Kain situés au nord de la cité. Ce que l’état-major français ignore, c’est que les Allemands disposent de mitrailleuses et de canons du deuxième corps de von Kluck. L’ennemi envoie des avions de reconnaissance puis, vers 7 h 30, se met en marche.

Invisible jusqu’au dernier moment, il débouche soudain de tous côtés. Les premiers Français tombent. Ceux qui n’ont plus de munitions attaquent l’ennemi à la baïonnette, au corps à corps, maison par maison… Les soldats allemands prennent des habitants en otage et s’en servent comme boucliers humains. Les soldats vendéens encerclés qui avancent avec un drapeau blanc sont abattus sans autre forme de procès. La population tournaisienne parvient à en sauver quelques-uns, les cachant pendant la nuit, leur donnant parfois des vêtements civils pour mieux se fondre dans la population. Ils rejoignent les lignes françaises quelques heures plus tard.

Le sacrifice des territoriaux vendéens n’a pas été vain. Il a retardé l’avance des Allemands et permis au plus gros des troupes britanniques défaites dans le chef-lieu du Hainaut de pouvoir se replier vers la côte.

Une stèle commémore ce sacrifice des 83e et 84e territoriaux de la Vendée : “Pour la civilisation et les droits menacés, ils renouvelèrent ici le 24 août 1914 l’un des légendaires exploits qui, dans l’Histoire, méritèrent aux Vendéens leurs ancêtres le titre de Géants des combats. Passant, découvre-toi ; incline-toi. Sous ce tertre, 53 des leurs reposent.” Beaucoup plus sont morts. On n’en connaît pas le nombre exact.

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