Editoriaux - Industrie - Médias - Politique - Santé - Sport - Table - 8 avril 2014

Jean-Louis Borloo, symbole d’un jeu politique qui fait perdre la France…

Pour des raisons de santé, Jean-Louis Borloo quitte la politique. Il faut d’abord souhaiter que cet élu du Nord surmonte rapidement ces difficultés. De vibrants hommages lui sont rendus à l’occasion de cette retraite soudaine dont on peut se demander si elle sera définitive. Pour avoir été élu dans le même département, je serai plus nuancé. Jean-Louis Borloo a représenté l’irruption en politique d’une autre conception de celle-ci. À son arrivée, il était atypique. Aujourd’hui, il est devenu, au contraire, le modèle plus ou moins conscient de nombreux comportements du « personnel politique », notamment au centre.

Jean-Louis Borloo est un joueur. Chaque épisode de sa vie et de son parcours politique a été une partie qu’il abordait à sa manière décoiffée de jeune homme à peine sorti du lit mais qu’il gagnait souvent d’une manière décoiffante. Il y a d’abord eu le grand Monopoly des affaires, des fusions et acquisitions dont son cabinet d’avocat était spécialiste. C’est lors de cette étape qu’il croisa Bernard Tapie. Comme pour ce dernier, il y eut une rencontre entre la politique, le sport et la ville, mais pas dans le même ordre.

Au niveau national, jusqu’à la partie perdue contre Fillon pour Matignon, Borloo continua à incarner un nouveau style de politique. Il sortit à plusieurs reprises le grand jeu en privilégiant le souci de la communication sur celui de l’efficacité et du bien commun, servi par des médias qui sont majoritairement en phase avec son style. Il est l’un des élus importants à avoir pour compagne, depuis quelques années, une journaliste : ça aide. Le show-bizz aussi a ses atouts.

La stratégie poursuivie a illustré l’évolution de la politique pour une partie de la droite, y compris pour Sarkozy, avec cette différence pour ce dernier qu’il se souvenait avant les présidentielles qu’un certain nombre d’électeurs de droite avaient encore un vote fondé sur des valeurs. Borloo s’empara donc de dossiers porteurs, à la mode et consensuels. Il sut gonfler leur couverture médiatique, les revêtir d’un habillage conceptuel à la fois attirant, démagogique et consensuel. Dégagé de toute référence idéologique, Jean-Louis Borloo est capable de tout.

Les maisons à « 100 000 euros » firent un flop, la politique de la ville conduisit à l’usine à gaz de la rénovation urbaine, une traduction lourde et compliquée du « City Challenge » britannique. Le « Grenelle de l’environnement », deuxième usine à gaz, dans un domaine qui ne les aime guère, encombra inutilement le règne de la « droite ». Celle-ci avait cependant d’autres priorités, notamment l’industrie et la compétitivité, que notre éphémère ministre de l’Économie torpilla en étant incapable de défendre la TVA sociale face à Fabius, alors que celle-ci aurait pu en être la pièce maîtresse.

Mais les coups médiatiques et la sympathie du microcosme médiatique parisien avaient entretenu une trajectoire politique qui devait entraîner dans son sillage un certain nombre de carriéristes dénués de la moindre idée, surtout de droite, mais comptant néanmoins sur les électeurs de cette sensibilité pour être élus. Le Parti radical avait retrouvé avec lui sa raison d’être. Le joueur quitte donc la table. S’il a fait gagner Valenciennes, il a habitué les commentateurs politiques à voir dans la politique un jeu dont ils se réjouissent quotidiennement. C’est malheureusement un jeu qui fait perdre la France.

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