Editoriaux - Politique - Presse - 23 février 2016

132 millions d’euros d’impayés en Poitou-Charentes : la faute à… Ségolène Royal ?

La nouvelle carte des régions a réservé bien des surprises, et de ce fait aiguisé notre curiosité. Certaines n’ont pas vu bouger leurs contours, d’autres ont enflé jusqu’à l’incohérence. Les marquis les mieux en cour ont, bien sûr, conservé leurs possessions et les petits arrangements se sont faits comme toujours entre amis et, comme toujours aussi, sur le dos du bon peuple.

On nous a vendu la chose au nom des économies. Mais lesquelles, au fait ? Pour l’instant, nul n’en sait rien, la plaisanterie n’ayant jamais été sérieusement chiffrée. Juste évaluée à la louche sur des critères dont personne n’a eu connaissance. Quant aux élections de décembre dernier, ce fut le summum du « piège à c… » dénoncé autrefois par un certain Cohn-Bendit.

Deux mois après, on voit se révéler quelques bizarreries qui, pour peu qu’on ait comme moi mauvais esprit – si si, j’en conviens -, éclairent d’un autre jour certains mariages forcés. Alliance parfois de la carpe et du lapin, on se demande en effet quelle urgence et surtout quelle cohérence il y avait à marier, par exemple, le Poitou-Charentes à l’Aquitaine et au Limousin quand ses habitants auraient préféré retrouver leurs proches voisins des Pays de la Loire. Dont ils font géographiquement partie…

Mais aujourd’hui, on apprend que la nouvelle régionalisation aurait finalement permis à l’ancien fief de madame Royal de se sortir d’un mauvais pas financier. C’est Alain Rousset, ex-président de la région Aquitaine et actuel président du nouveau géant Aquitaine/Limousin/Poitou-Charentes, qui l’a révélé ce lundi dans la presse régionale (Sud-Ouest et La Nouvelle République du Centre-Ouest) : « Il y a un problème spécifique picto-charentais. » Concrètement : 132 millions d’euros d’impayés, répartis en « 62 millions en investissement et 70 millions en fonctionnement ». Des oublis, des omissions, des reports… de la fantaisie, en somme. À quoi s’ajoutent « une faible capacité de désendettement ainsi que 130 millions d’euros d’emprunts dits structurés, c’est-à-dire ces emprunts à taux faible, adossés à d’autres monnaies comme le franc suisse ou le yen et qui, selon la fluctuation de ces monnaies, peuvent exploser et devenir des emprunts toxiques ».

« C’est une région qui manifestait beaucoup de volontarisme et avait, sans doute, les yeux plus gros que le ventre par rapport aux capacités de financement », dit Alain Rousset, pointant « la multiplicité, sinon l’émiettement de toutes les actions qui ont été menées ».

Faut-il y voir un effet de la « bravitude » de son ancienne patronne Ségolène Royal, ou le dilettantisme de Jean-François Macaire qui lui a succédé lorsqu’elle est entrée au gouvernement après que son ex eut répudié sa tonitruante maîtresse ? Alain Rousset ne se prononce pas, mais son ancien adversaire à la primaire est dans ses petits souliers. Nommé le mois dernier « vice-président délégué aux finances » de la nouvelle région, Jean-François Macaire pourrait bien se faire éjecter, comme le directeur des finances de la collectivité. On a beau être entre élus socialistes, les chiffres sont là.

Quant à Olivier Chartier (Les Républicains), futur président de la commission des finances de la nouvelle grande région, il désigne la coupable : « Tout ceci est le résultat de la gestion chaotique menée par Ségolène Royal. Des investissements hasardeux faits loin des compétences de la région et soi-disant placés sous le signe du volontarisme politique. » C’est dit.

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