Ainsi donc, une nouvelle fois, on a cru trouver la trace de Xavier Dupont de Ligonnès. Cette fois-ci, c’est à l’abbaye de Saint-Michel-en-Brenne, qui abrite des religieuses traditionalistes (et non des carmélites, contrairement à ce qu’affirmait une journaliste sur BFM TV : comme quoi l’imprécision, parfois source de grande erreur, est un éternel travers journalistique).

Mille : c’est le nombre de signalements pris au sérieux par la police depuis la disparition d’un des hommes les plus recherchés de France, soupçonné d’avoir assassiné femme et enfants, il y a dix ans, à Nantes. Autant de pistes qui, à chaque fois, auront débouché sur des impasses.

Trois : c’est le nombre d’opérations de police menées au sein de communautés religieuses. Sans succès, à chaque fois. En 2011, c’était à l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux (Vaucluse), fréquentée par Xavier Dupont de Ligonnès dans sa jeunesse. Sept ans après, sur signalement de deux femmes qui pensent l’avoir vu, des fouilles sont menées au monastère Saint-Désert-des-Carmes, à Roquebrune-sur-Argens (Var). Encore une fausse alerte, une confusion avec un pauvre moine qui n’en revient pas lui-même : « Je suis tombé des nues… je ne lui ressemble pas du tout. »

Et jusqu’à ce 18 mai dernier qui conduit les services de police chez ces religieuses dans l’Indre. Une piste sans doute jugée suffisamment sérieuse pour justifier une visite de l’abbaye. Au grand étonnement de la supérieure qui avoue n’avoir même jamais entendu parler de Xavier Dupont de Ligonnès…

L’hypothèse du disparu bénéficiant de ce droit d’asile dispensé par les hommes de Dieu fascine les médias. Une pratique ancienne qui remonte à l’Antiquité, exercée par l’Église jusqu’au Moyen Âge et justifiée par saint Augustin. Expression concrète de la charité chrétienne, l’asile met à l’abri « justes et injustes, bons et méchants, innocents ou coupables ». « Aucune condition préalable ne doit être imposée au candidat à l’asile : qu’il soit criminel au regard de la loi terrestre ou coupable au regard de la loi divine, il doit bénéficier de la protection des lieux saints. » Sans toutefois exonérer le bénéficiaire de toute peine, l’asile avait pour objectif de protéger l’individu d’une vengeance personnelle. Une institution qui s’est effacée au fil du temps, à mesure que le pouvoir central est devenu plus fort.

À l’occasion de ce dernier rebondissement de l’affaire Dupont de Ligonnès, le journal suisse L’Illustré a interrogé l’abbé Arnaud Sélégny, directeur de la communication extérieure de la Fraternité Saint-Pie-X, « un dialogue franc et ouvert, très loin, il faut en convenir, des clichés et des a priori qu’on attribue parfois à ce mouvement » auquel appartiennent les religieuses de Saint-Michel-en-Brenne. Pour lui, « l’hypothèse selon laquelle Xavier Dupont de Ligonnès, s’il n’est pas mort, vivrait dans un monastère sous l’identité d’un frère n’a rien d’une fiction ». S’il écarte la thèse selon laquelle le fugitif se serait abrité dans une des maisons de la Fraternité Saint-Pie-X, il précise de pas pouvoir être affirmatif à 100 %. Et explique : « Accepter une personne telle que celle-là prendrait pas mal de temps. D’abord, nous l’aurions encouragé à regretter ses gestes, à se confesser, puis à se livrer, bien que le droit naturel ne l’y oblige pas. Dans le cas de l’asile religieux, une personne qui a donné la mort, même involontairement, n’a pas accès à la prêtrise. Un chirurgien dont le patient est décédé sur la table d’opération, même s’il n’est pas coupable, serait dans ce cas. »

Une pratique qui rappelle celle de la Légion étrangère, occasion d’une seconde vie pour le délinquant qui s’engage sous une autre identité. À ceci près qu’en sont exclus les auteurs de viols, crimes de sang et trafics de drogue.

« Bobard affriolant » pour les journalistes, selon l’expression de l’abbé de Tanoüarn dans ces colonnes, le droit d’asile reste un droit naturel. Si populaire quand il s’agit d’accueil des migrants, il reste mal compris lorsqu’il s’agit de criminels par ceux qui n’ont pas la moindre idée de ce qu’est la divine et de l’histoire de la Rédemption. Pour Xavier Dupont de Ligonnès, le mystère reste entier.

4 juin 2021

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