[STRICTEMENT PERSONNEL] La guerre n’est pas un jeu

C’est dès l’enfance qu’on aurait dû apprendre à Poutine et Trump que la guerre n’est pas un jeu.
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« Ne joue pas au soldat... » Tel était le titre de l’adjuration qu’un certain Delon (attention, pas Alain, mais seulement Robert, comme tout le monde), militant et poète anarchiste, avait adressée à son jeune fils, en 1909, cinq ans avant la Première Guerre mondiale. Titre repris, un demi-siècle plus tard, avec un succès honorable, par un groupe de musique pop, Les Sunlights, français comme leur nom ne l’indique pas, aujourd’hui oubliés, tout comme les premières paroles de ce hit de l’époque et leur judicieux conseil : « Ne joue pas au soldat/Mon cher petit bonhomme/Les sabres et les fusils ne sont pas des jouets… »

Faire joujou..., qui sait, avec la bombe finale

Les dirigeants de ce monde, à commencer par deux des plus puissants - j’ai nommé Vladimir Vladimirovitch Poutine et Donald J. Trump -, ont en commun, comme la totalité de leurs collègues occidentaux - tant mieux pour eux, tant pis pour nous -, de ne rien savoir de la guerre, je veux dire de ne l’avoir ni faite, ni vécue, ni subie, de n’en connaître ni l’odeur, ni le fracas, ni le vacarme, ni l’horreur, ni la souffrance, ni la peur, ni les ravages, de ne la connaître, en somme, que par ouï-dire et sur leurs grands ou petits écrans, de n’avoir de contact avec leurs armées que les jours de parade, sur la place Rouge, de défilé sur les Champs-Élysées et, bientôt, de triomphe sur le Mall de Washington devant l’Arc dédié à son nom et à sa gloire par l’actuel président des États-Unis, commandant en chef de la première armée du monde.

Cela explique en grande partie la fâcheuse propension de ces messieurs qu’on nomme grands à faire joujou, comme des enfants, avec des sabres et des fusils, mais aussi avec des mitrailleuses, des canons, des avions, mais encore avec des fusées et des torpilles, avec des missiles, avec des drones, avec de grosses bombes et, qui sait, la bombe finale… Au prix, d’ores et déjà, que chacun, belligérant ou non, paye, dans l’attente et dans la crainte de celui que l’on croit voir chaque matin poindre à l’horizon d’un ciel de plus en plus noir. Étonnez-vous, ensuite, que le climat de la planète soit empreint d’une certaine morosité et qu’un nombre sans cesse croissant de nos concitoyens et de nos contemporains doutent d’avoir un avenir.

Poutine est-il en passe de perdre pied dans le bain de sang qu’il a provoqué ?

Il n’était ni absurde ni dépourvu de toute justification que Poutine, tsar autocrate de presque toutes les Russies et patriote nostalgique de l’URSS, rêve de reconstituer le pré carré du pays de son enfance et, pour cela, de remettre la main sur l’Ukraine, terre natale de Gogol, de Tchekhov, de Tchaikovsky… de Khrouchtchev et de Gorbatchev. Mal informé, il s’était figuré que le pays tomberait entre ses mains comme un fruit mûr – et comme la Crimée. Le moment aura été mal choisi, où l’Ukraine faisait dans le désordre et l’espérance, malgré la corruption, l’apprentissage de la démocratie, tandis que le visage de moins en moins avenant de mère Russie rappelait chaque jour davantage celui de la période soviétique. Les stratèges du Kremlin n’avaient pas prévu que se dresserait en travers de leur route un Auguste, un Paillasse, un clown héroïque soudain mué en Père la Victoire. Et pas davantage que l’Occident, alliant débilité et duplicité, inventerait la guerre par personne interposée et permettrait aux Ukrainiens, dûment armés et financés par ses soins, de résister jusqu’à la dernière goutte de leur sang à l’envahisseur, de le tenir en échec, voire de le ridiculiser…

Alors qu’en réponse au bombardement de Kiev et de Kharkov, Moscou et Pétersbourg viennent de subir les représailles de Zelensky, Poutine mettra-t-il les pouces, renoncera-t-il à son grand projet ou cédera-t-il à la tentation mortifère d’une escalade dont il a les moyens ? Confronté à la possibilité de perdre la face et, s’il perd la face, de perdre le pouvoir et, s’il perd le pouvoir, de perdre la vie, Poutine est-il en passe de perdre pied dans le bain de sang qu’il a provoqué ? Comme d’autres despotes caressés par leur réussite, enivrés de leur puissance, trop sûrs de leur force et trompés par les flatteurs, les courtisans et les incapables dont ils se sont entourés, le successeur des Romanov et de Staline se verra-t-il contraint de faire un choix qu’il avait par principe exclu ?

Cela, dans le même temps où son éminent collègue et discret admirateur nord-américain est lui aussi placé devant les conséquences de ses erreurs et paye cher son inexpérience, voire sa nullité, dans un domaine qui n’était pas le sien, où il a accumulé rodomontades, incohérences et tout simplement fautes de débutant. Donald Trump se voyait et se proclamait maître indiscuté des horloges du monde. Il est aujourd’hui prisonnier de son propre calendrier, à la merci d’adversaires plus professionnels que lui, plus déterminés que lui , parfaitement au fait de ses faiblesses et bien décidés à les exploiter à fond.

Trump parviendra-t-il à se dégager du bourbier où il est enlisé ?

Poussé à la faute par son partenaire israélien, Trump a d’abord grossièrement sous-estimé la force et la capacité d’encaissement de l’ennemi. Dès lors qu’il avait choisi la guerre en juin dernier, il lui fallait la mener à son terme et non laisser à l’Iran ébranlé mais non vaincu tout loisir de réparer les dégâts, de durcir la répression interne, de se préparer à l’inévitable second round. Tel Poutine qui croyait ne faire qu’une bouchée de ce qui est devenu une boucherie, Trump voyait une excursion dans ce qui s’est avéré une expédition hasardeuse au long cours en terre et en mer inconnues. Fort d’une ignorance encyclopédique de l’Histoire, de la géographie et de la géopolitique, Trump ne savait rien de l’enracinement du régime des mollahs dans un pays trois fois plus vaste et plus peuplé que la France, et fort d’une indépendance plus de deux fois millénaire. Il a laissé une dictature inhumaine et fanatique massacrer ses opposants et n’est intervenu, une fois ceux-ci éliminés, que pour bombarder l’ensemble de la population. Il a cru décapiter le régime et s’est aperçu après coup(s) que celui-ci était une hydre, animal fabuleux dont les têtes coupées sont aussitôt remplacées par d’autres têtes. Il découvre à ses dépens que le temps lui est compté et que ses adversaires, qui en sont parfaitement conscients, en jouent diaboliquement. Parviendra-t-il à se dégager honorablement du guêpier où il s’est fourré, du bourbier où il est enlisé ? Avant le jour de son anniversaire, avant la fête nationale, avant les célébrations du 250e anniversaire de l’indépendance… avant les midterms d’octobre ? Lui aussi joue son avenir sur un malencontreux coup de dés.

Trump, de l’avis général, est un excellent joueur de poker. Il en a fait la preuve dans l’immobilier et la politique politicienne. Mais les seuls terrains qu’il maîtrise sont les terrains de golf. Il en fait, un peu tard, les frais. Poutine, quant à lui, est tenu pour un redoutable joueur d’échecs, un maître du renseignement et de la haute police. La compétence, de l’un comme de l’autre, dans le domaine militaire est nulle, l’incompétence éclatante. L’un ne cesse d’en faire la démonstration depuis plus de quatre ans, l’autre depuis douze mois. C’est dès l’enfance qu’on aurait dû leur apprendre que la guerre n’est pas un jeu. Quel que soit l’âge des joueurs.

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Dominique Jamet
Journaliste et écrivain Président de l'UNC (Union nationale Citoyenne)

Vos commentaires

75 commentaires

  1. Sur la guerre en Ukraine , tout a commencé par une guerre dont on a pas parlé , une guerre civile à l’intérieur de l’Ukraine , la guerre du Dombas , une région russophone voulait son indépendance , et kiev au lieu de régler le problème démocratiquement , par un référendum , préféra envoyer ses troupes pour massacrer les indépendantistes . Ce qu’on a pas dit , et qu’on dit toujours pas , c’est que le problème est économique , le sous sol de ce territoire regorge de milliards de dollars de minerais , de pétrole de gaz .
    Sur la guerre en Iran , les Etats Unis n’ont pas compris la dimension religieuse du conflit , l’islam qu’il soit chiite ou sunnite ou autre est un système globalisant , une loi suprême (la charia) un mode l’organisation politique (la théocratie) et une nation suprême , tout cela dans l’emballage d’une religion . Et nous nous faisons la même erreur .

  2. « Et si je fais la guerre pour obtenir la paix, je fonde la guerre. La paix n’est pas un état que l’on atteigne à travers la guerre « (A de St-Exupèry – Citadelle)

  3. Je suis tout à fait d’accord avec l’auteur : on peut juger fondées les motivations politiques des deux dirigeants, on peut avoir de la sympathie pour leur cause, mais on ne peut manquer néanmoins de souligner leur impéritie dans les domaines diplomatique et militaire.
    Un vieux dicton nous assure que « l’histoire des guerres perdues tient en deux mots : trop tard ! » et c’est le premier grief que l’on peut adresser à ces deux dirigeants, qui n’ont pas su maîtriser la chronologie de leurs interventions.
    Par ailleurs, ils ont tous deux négligé de considérer l’opinion, la mentalité, des peuples qu’ils ont agressés, voulant croire qu’un soulèvement accompagnerait les premiers bombardements.
    Faute stratégique, faute diplomatique, faute politique : l’histoire les jugera sévèrement !

  4. Dans le cadre d’un conflit strictement conventionnel sans recours à l’arme nucléaire, ni Poutine ni Trump ne disposent des moyens militaires suffisants en effectifs, en armements et en logistique pour renverser le régime de leurs ennemis, pour conquérir au sol et tenir dans le temps les territoires ukrainien et iranien.
    De la même façon, ni l’Ukraine ni l’Iran n’ont la moindre chance de vaincre la Russie ni les USA tant les rapports des forces sont déséquilibrés et asymétriques, à la différence que l’avenir de Kiev me paraît plus sombre que celui de Téhéran.
    La solution militaire n’existant pas dans ces deux cas, il va bien falloir arriver à sortir de ces conflits par la négociation, sans doute par un armistice–statu quo à la coréenne concernant l’Ukraine et Poutine, et un compromis avec l’Iran ne faisant pas perdre la face aux USA de Trump, lequel se refera plus facilement la main…sur Cuba qui ne perd rien pour attendre.

  5. TARA a tout à fait raison. Cet erticle fait fi de toute objectivité, notamment sur les causes du conflit. Le journaliste y ajoute une charge contre Poutine digne des pires journaux à ragots. Je suis consterné et décu.

  6. Cet article est trompeur, plusieurs affirmations tendancieuses n’ont pas de justification dans les faits.
    On ne peut vraiment mettre en évidence tous les clichés « mainstream », car mon intervention sera refusée. Pour un journaliste qui se dit indépendant..
    Beaucoup d’interventions prenant le contrepied de l’article sont bienvenueset rééquilibrent le sujet.

  7. France2′ (citation) :
    Zelensky suscite la colère en rendant hommage à des combattants ukrainiens de la Seconde Guerre mondiale qui ont massacré des Polonais et des Juifs
    La décision du président ukrainien Volodymyr Zelensky de donner à une unité militaire le nom d’une milice de la Seconde Guerre mondiale tristement célèbre pour avoir massacré des Polonais et des Juifs a entraîné une forte escalade des tensions entre Kiev et Varsovie.
    Elle reste tristement célèbre en Pologne pour son rôle dans les massacres de Polonais et de Juifs en Volhynie et en Galicie orientale – des massacres qui, selon les historiens polonais, ont coûté la vie à des dizaines de milliers de civils, et que l’État polonais considère comme faisant partie d’une campagne délibérée de génocide.

  8. Désolé pour ma trivialité, article à côté de la plaque concernant Poutine.
    Je me retiens pour ne pas dire de mauvaise foi.
    Les américains avaient ils supporté de voir des missiles soviétiques pointés depuis Cuba vers les États Unis ? L’affaire fut réglée en quinze jours.
    A la chute de l’empire soviétique en 1991, ces mêmes américains avaient promis que jamais l’OTAN ne s’étendrait à l’Est.
    Vous connaissez la suite.
    En 2014, renversement du pouvoir ukrainien, révolution de Maidan, par, toujours les mêmes, les USA.
    Deux traités de Minsk reconnaissant l’autonomie du Donbass. Autonomie bafouée par les ukrainiens, huit ans de bombardements, 12.000 morts. Début 2022, raids aériens intensifs sur le Donbass prémices d’une attaque terrestre. Fin février, opération spéciale militaire russe. Enfin oserais je dire en voyant le soulagement des populations du Donbass.
    Voir le reportage ‘Donbass’ d’une reporter de guerre française, Anne Laure Bonnel, édifiant.

  9. La tonalité globale des commentaires est claire. Cet article n’est pas sérieux. Dans les conflits examinés l’essentiel n’est pas pris en compte. Leurs causes profondes, leur genèse, le rôle et les responsabilité des acteurs ayant précédé Trump et Poutine. Et les enjeux. Que Monsieur Jamet ne mesure pas vraiment.
    Tout est ramené aux poncifs sur les personnalités et « compétences » attribuées « mainstream » à Trump et à Poutine.
    Pour Poutine (voir mon commentaire précédent sur sa famille et ses origines)) c’est faux et archi faux. Un officier du KGB ayant vécu la guerre froide, la guerre d’Afghanistan la guerre de Tchétchénie et menant une guerre depuis 4 ans ignorerait tout des conflits armés ?
    Ceux qui jouent aux petits soldats, nous les connaissons trop bien.
    La guerre est une chose trop sérieuse pour être confiée à des militaires (Clémenceau)

  10. Comparaison n’est pas raison. Et en l’occurrence il n’y a aucune comparaison sensée entre les deux personnages Poutine et Trump, ni aucune comparaison entre les deux conflits Russie/ Ukraine, et États Unis/ Iran.

  11. Concernant le conflit russo-ukrainien, il est bon de rappeler que Poutine n’a pas tous les torts: ce n’est pas lui qui a bombardé les populations de l’est ukrainien, mais Zelensky. Et ce n’est pas la Russie qui a violé les accords de Minsk, mais l’OTAN. Poutine n’a fait que défendre ce qu’il estime, à tort ou à raison, être les intérêts de la Russie. Quant à Trump et l’Iran, cela risque de prolonger une série de défaites américaines commencée au Viêtnam en 1973…

    • @ Grodrigas
      Merci de rappeler que tout a été fait pour provoquer Poutine. J’ajoute que sans l’aide délirante dont a bénéficié l’Ukraine, le conflit serait déjà réglé depuis longtemps.
      Quant à Trump, en effet, il ne fera que confirmer la longue série de défaites américaines après avoir semé le chaos ! Le regard de M. Jamet est très simpliste et superficiel.

  12. J’ai arrete de lire avec l’insupportable attaque sur Poutine autocrate.
    J’avoue que je me demande, a la lecture de ce debut d’editorial, si je vais clntinuer a lire quotidiennement et a soutenir financierement annuellement Boulevard Voltaire.
    Comment un journaliste peut il relayer des aneries aussi fausses que « poutîe autocrate  » ( il est elu par le peuple, ce qui n’est pas le cas de l’autocrate dd Bruxelles) « le bain de sang qu’il a provoqué » (ceux qui ont provoqué ce bain de sang s’appellent Merckel et Hollande qui ont de leur propre aveu menti deliberemment en se portant garants du traité de Minsk pour armer l’Ukraine jusqu’aux dents). Monsieur, je ne supporte pas que vous vous fassiez le chantre du discours de la bien pensance dans les colonnes dd Boulevard Voltaire !

  13. Heureusement, M. Jamet qu’il reste des têtes pensantes capables de prendre de la hauteur pour nous éclairer. Malheureusement vous n’en faites pas parti. Je me plais de temps en temps à vous lire, assuré de vos dérapages continus. Bravo l’artiste. Votre écriture pompeuse convient effectivement à tant de niaiseries. Ni le fond, ni la forme. Bien sûr que l’Ukraine est un drame, mais qui aurait été évité, si j’ose dire, sans Zélensky, la volonté de l’UE d’en découdre avec la Russie, et des gens comme vous pour tripatouiller. J’ai hâte de lire votre prochaine pitrerie. Courage!

  14. J’ai connu la Russie d’avant Poutine et celle d’après… Quelle différence. Merci Vladimir. La Russie était notre AMIE et les Russes regrettent ce qu’il se passe actuellement. Les Américains ont toujours craint la Russie et veulent l’anéantir pour être les maîtres du monde, mais ils n’en ont pas la carrure. Ils allument des feux partout et viennent ensuite déguisés en pompiers… Je m’arrête là…

    • Pour lancer son pays dans une guerre aussi meurtrière, il faut faire peu de cas du sang de son peuple. Poutine s’inscrit ainsi dans la longue lignée des dirigeants communistes tels que Staline ou Brejnev qui ont sacrifié leur jeunesse dans une soif de conquête et d’imposition de leur idéologie. Trump est différent, c’est tout pour le business. La différence avec Poutine réside dans le fait qu’il doit être économe de la vie des boys car il dépend des élections contrairement à l’autocrate russe. Mais c’est le même cynisme qui les habite.

      • Merci pour vos propos très éclairés mais votre lumière n’a pas encore atteint tous les cerveaux. Les Russes sont désolés de ce qui se passe actuellement avec la France, ils aiment (aimaient) la France et les Français. Il est encore temps d’une réconciliation avec cet immense pays qui fait partie du continent européen. N’en déplaise aux Américains à qui ça ne plairait pas, mais pas du tout. Nous sommes des pantins à leurs ordres, ils font feu de tout bois et se servent de nous. Je m’arrête là car mon commentaire va passer à la trappe…

    • Merci madame pour votre sincérité vous qui avez vécu l’avant et l’après.
      J’ai qques échos d’expatries vivant en Russie : ils s’y sentent bien plus libres qu’en France !
      Réalité bien difficile à admettre pour certains.

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