[REPORTAGE] Meurtre d’Henry Nowak : des Anglais entre tristesse et colère

Southampton a soif de vérité.
Une petite anglaise prie pour Henry Nowak - Jean Bexon
Une petite anglaise prie pour Henry Nowak - Jean Bexon

De notre envoyé spécial à Southampton (Hampshire, Angleterre)

Un drapeau polonais flotte au vent. Devant le commissariat de Portswood, un mémorial floral pour rendre hommage à Henry Nowak. Au-dessus, un drone de surveillance scrute ceux qui viennent présenter leurs respects à la mémoire du jeune homme. En décembre dernier, à une rue adjacente du lieu, l'Anglo-Polonais quitte la taverne du Hobbit. Comme la Justice l’indiquera, le jeune homme est sobre à ce moment-là et en capacité de conduire une voiture. Sa route croise celle de Vickrum Digwa, un descendant d’immigré indien de deuxième génération. Celui-ci le poignarde à plusieurs reprises avec un couteau turc. Le frère du meurtrier appelle alors le 999 (le 17 anglais) et explique au standard que l’assassin a été victime d’une agression raciste. La police dépêchée sur place menotte Henry en agonie. Celui-ci, dans un dernier souffle, tente de clamer son innocence et de faire part de ses blessures : « Je ne peux plus respirer », répète-t-il à plusieurs reprises. « Non, tu peux, mec », répond l’agent de police, berné par le Sikh.

Trois minutes de silence sont observées en référence à l’atroce agonie et aux terribles derniers instants d'Henry, trahi par la police, diffamé par son agresseur et menotté comme un malfrat. Ce dimanche 7 juin, une quarantaine d’habitants, taiseux, de Southampton et des alentours fixent les agents. Au cours de la mobilisation, un slogan sera scandé en référence directe à la scène : « I can't breathe. ». Un face-à-face tendu s’ensuit. Les manifestants veulent s’en prendre au logement de l’assassin, gardé par un barrage de police.

« J’étais policier, c’est l’idéologie qui a coûté la vie d’Henry. Ils auraient simplement dû appliquer l'ABC, mais aujourd’hui, on est formé à croire la personne issue de minorité plutôt que le Blanc », témoigne Rus. L'ABC (Airway, Breathing, and Circulation, à savoir libération des voix aériennes, respiration, hémorragie) est un mémo permettant de diagnostiquer rapidement la détresse d’une victime, mémo que n’appliqueront pas les agents, préférant donner crédit à la version de l’assassin. Le fait que celui-ci porte un couteau apparent n’éveillera aucun soupçon.

« Quand j’ai fait ma formation, on apprenait des choses simples et militaires, pour protéger et sauver la population. Maintenant, on apprend qu’il faut croire en premier lieu les minorités ethniques avant les Blancs », poursuit Russ, partagé entre tristesse et colère.

Une petite fille dépose des fleurs et remet en place les portraits d'Henry Nowak avant de s’agenouiller pour prier.

Sa mère nous confie : « J’ai peur, maintenant, de l’insécurité autant que j’ai peur de la police. Je dis à mes enfants, s’il y a un problème, appelez les pompiers et votre maman mais n’appelez pas la police. » Une crise de confiance secoue la working class anglaise, pourtant profondément patriote.

Travis descend d’une famille de docker du port de Southampton. « C'est la classe laborieuse qui paye, avec l'immigration qui entraîne l'insécurité et la police qui apprend à d'abord prendre en considérations les minorités », assure cet habitant du Hampshire. « Ici, Henry Nowak a sauté au-dessus de la herse pour fuir, puis ses assaillants l'ont maintenu en attendant la police qui l'a menotté », nous raconte-t-il, dans l'avenue où se sont déroulés les faits.

Les manifestants réclament de la Justice qu'elle communique l'ensemble des vidéos prises par l'assassin, des vidéos du meurtre et de l'intervention policière. Des documents qui, pour l'heure, n'ont pas été publiés. Southampton a soif de vérité.

 

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Jean Bexon
Journaliste

Vos commentaires

40 commentaires

  1. Déjà écrit , mais je répète, à lire la plupart des commentaires , je confirme la trouille et la soumission d’une majorité de français. Et ça vient de loin.

  2. Ce soir des manifestations sont organisées en irlande du nord .

    Un homme d’une quarantaine d’années se trouve en état critique à l’hôpital Royal Victoria de Belfast après une attaque d’une violence extrême survenue lundi soir 8 juin dans le quartier nord de la ville. Un suspect somalien a été interpellé sur place et placé en garde à vue. Des images filmées par des témoins et largement diffusées sur les réseaux sociaux — malgré les appels des élus à ne pas les partager — montrent un homme frappant sa victime à la tête et au cou à coups de couteau répétés, dans ce qui ressemble à une tentative de décapitation en pleine voie publique

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