[UNE PROF EN FRANCE] Des photos de classe détournées par l’IA

Vous devriez réfléchir à deux fois avant de cocher la case du droit à l’image dans les documents d'inscription de vos enfants.
©Shutterstock
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Quand on remplit les documents d’inscription de nos enfants pour la prochaine année scolaire, on signe souvent, assez volontiers, le papier accordant à l’école un droit à l’image. On nous dit bien que les photos de notre enfant ne seront utilisées que pour la communication interne de l’école, et la plupart des élèves trouveraient dommage de ne pas apparaître sur les images de la sortie de l’atelier scientifique, du voyage scolaire ou de la fête de fin d’année. Et pourtant...

Les temps ont changé. La technique décuple notre pouvoir alors même que l’humanité ne progresse pas moralement et reste prisonnière de terribles pulsions et de sordides obsessions sexuelles. Éros et Thanatos freudiens ? Le fait est que vous devriez réfléchir à deux fois avant de cocher la case du droit à l’image. Les affaires se multiplient. Des collégiennes gagnent un match de football ? On publie sur le site de l’école une photo de l’équipe pour lui rendre hommage, et en quelques jours, les parents reçoivent des menaces de diffusion de vidéos pornographiques mettant en scène leurs filles s’ils ne paient pas une rançon. Toutes les publications sur les réseaux des écoles et sur les sites officiels des établissements sont détournées, passées par la moulinette de l’intelligence artificielle (IA) et transformées en photos ou vidéos dénudées, érotiques ou pédopornographiques. Parfois, ce sont des personnes extérieures qui agissent, parfois les camarades mêmes des jeunes filles - car c’est quasi exclusivement le corps des femmes qui déchaîne ces passions mauvaises.

Détournement d'image : les chiffres explosent

On ne s’en est pas encore remis, depuis les années 60, de voir des épaules et des jambes ? Le phénomène est mondial : France, Suisse, Angleterre, Malaisie... les écoles de tous les pays sont ciblées, au point que l’UNICEF, Interpol et ECPAT International (End Child Prostitution in Asian Tourism, devenu une organisation mondiale) se saisissent du problème et ne cessent d’alerter à ce sujet. Dans une étude publiée en février 2026, ils indiquent le chiffre de 1,2 million d’enfants dont l’image aurait été détournée par IA, au cours de l’année passée, pour produire du contenu sexuellement explicite, dont des images d’abus. Les chiffres explosent. L’Internet Watch Foundation évoque une augmentation de... 26.000 % de ce type de contenus pour l’année 2025.

C’est un véritable phénomène de société et il faudrait que chaque parent, avec un peu d’honnêteté, se confronte au réel sans se boucher le nez ni mettre des œillères. En 2023, ils étaient plus de 500.000 mineurs à consulter quotidiennement des sites pornographiques. Ils le font parce que les adultes le font aussi massivement.

Alors, que devons-nous faire ? On nous annonce que de nouvelles préconisations sont dans les tuyaux du ministère, pour que nous prenions en charge, à l’école, l’éducation à l’IA. Encore ? Encore nous ? Ils n’ont pas de parents, ces jeunes gens ? Je suppose que ce n’est ni pendant le cours de math ni pendant le cours de sport que Kevin et Mathéo fabriquent les vidéos de leurs camarades en train de s’effeuiller ou, pire, de se faire frapper ou abuser. Je suppose donc que c’est sur leur temps libre, celui pendant lequel ils sont sous la responsabilité de leurs parents.

Alors oui, nous allons cesser de les prendre en photo, nous ne tiendrons plus de blog lors des voyages scolaires ni des sorties, nous n’immortaliserons plus d’événement sportif. Ce n’est pas grave, l’humanité s’en est passée pendant des siècles.

Mais cela arrêtera-t-il la progression de cette peste ?

Picture of Virginie Fontcalel
Virginie Fontcalel
Professeur de Lettres

Vos commentaires

36 commentaires

  1. L’IA ( l’imbécilité articicielle ) n’est, à l’heure actuelle, encore que ce que l’on y met. Un outil de plus, pour tous les  »génies » pervers de l’informatique et du numérique, pour détourner, voler, abuser, tricher et salir. Les humains de  » base » que nous sommes, ont toujours mis leur destin entre les mains de ceux qui nous promettent la tranquillité en échange d’une prise en charge morale et logistique: la religion, puis les politiques, et maintenant l’IA. Cette IA n’est que le bras armé du pouvoir profond pour nous diriger en nous abêtissant et en nous déresponsabilisant. Le numérique n’est qu’un interface, entre le peuple et ceux qui dirigent le monde en sous-main. Et cette nomenklatura croit maîtriser le  » monstre  », et être la seule à pouvoir l’instrumentaliser. Mais les hackers se sont déjà infiltrés dans la place, danger le moins terrifiant, car humain, et donc prévisible. Le plus inquiétant est plutôt la capacité que va acquérir cette IA, obligatoirement, à se doter d’une structure décisionnelle autonome, sur laquelle l’être humain n’aura aucune visibilité, et plus de pouvoir d’intervention !

  2. Bonjour Virginie. Notre rendez-vous du lundi. Osé non ? Dans le contexte actuel tout est prétextes à suspicions. Effet collatéral de lois restrictives, élargies dans leurs applications lesquelles conduisent progressivement à de l’auto-censure. C’est un peu votre conclusion.

    Ne brulons pas les étapes . Le titre  » Des photos de classe détournées par l’IA  » . Non Virginie. Des photos de classe manipulées par des pervers avec l’outil IA. L’IA n’est pas responsable de nos actes.

    Dans votre rédaction un mystère subsiste, pour moi. Comment faites-vous la distinction entre une photo détachée d’un groupe scolaire et une photo personnelle simplement déposée par ailleurs par l’intéressée ? Cette question pour souligner que ce n’est pas forcément la photo déposée par l’école qui est la source d’une déviance. Ce que je crois comprendre.

    Sur le fond, la femme, « objet de tous les désirs ». Le monde est ainsi fait, la pomme a été croquée. Un rappel aux années 60 ? Oui, elles allaient légères et court vêtues, les femmes. Mais avec classe. De nos jours , nous sommes plutôt en présence de « chiffonnées ». Pas toutes bien sûr. Une impression, une tendance illustrée par la rue. Il y a quelque temps nous évoquions les causes de la perte d’autorité du monde enseignant. Dans ces causes, l’habit. Nous avons été témoins de la transition. Du costume, trois pièces pour certains, nous avons découvert la salopette. Quel contraste, quelle évolution.

    Revenons au fond. Le régime actuel, qui s’illustre particulièrement et se résume pour l’essentiel à cette formule « Nous condamnons fermement », nous pond lois sur lois en matières sexuelles et sociales. Il croit ainsi juguler . Dans les faits, la nature humaine obéit à des siècles d’instincts qui l’ont forgée. Ce ne sont pas quelques lois qui brideront. Vous le reconnaissez vous-même. Les restrictions en matière d’accessibilité aux sites pornographiques ne privent pas pour autant jeunes et adultes.

    Bien. Virginie, je vais faire court. Un subtil avertissement m’a sensibilisé. Bonne semaine et surtout … restez vigilante.

  3. Hélas oui, quand on comprendra que l’IA apportera plus d’inconvénients que d’avantages, peut-être
    qu’on pensera à s’en détourner un peu …et à revenir à l’intelligence tout court ?
    Mais c’est beaucoup demander à un peuple obsédé par les innovations permanentes …

    • Ce n’est pas le couteau qui tue, c’est celui qui le tient.
      L’IA va offrir des tas de choses géniales, mais l’humain est ainsi fait qu’il l’utilisera aussi de façon négative.
      Ainsi en va t’il des médicaments, du protoxyde d’azote, des trucages photos ou vidéos qui existent depuis Meliès. Est-ce qu’on supprime les somnifères à cause de l’affaire Pelicot ?
      C’est trop simple de dire « c’est la faute de l’IA ».
      On trouve toujours que c’est la faute de …
      Mais on n’empêche pas les évolutions sinon adieu la révolution industrielle ou adieu la radiographie.
      Vous êtes bien content qu’on ait inventé l’électronique, les ordinateurs et internet. Qu’on ait inventé l’électricité. Qu’on ait inventé la voiture, le train l’avion. Et c’est né de l’obsession permanente d’invention.
      Le coupable c’est l’utilisation par l’être humain, pas ses inventions.
      Pas plus pour l’IA que pour autre chose.

      • Merci pour la leçon ! je ne suis pas « bêtement » contre le progrès, pas contre
        l’informatique puisque ancien informaticien ! Mais je constate les dérives et la
        non-maîtrise des « progrès » par le corps social qui les invente !!

  4. Quelle époque où l’on se doit de faire attention à tous les détournements possible. Qu’il est loin le temps où la société fonctionnait sur la confiance. Mais il est vrai que ceux qui en 1968 prônait qu’il était interdit d’interdire sont aujourd’hui aux responsabilités. Merci, madame de Fontcalel de nous informer de ce nouveau danger.

  5. Je n’ai personnellement jamais compris l’obsession de l’humanité pour ce genre de choses, mais sans doute, ne suis-je pas comme tout le monde ! Depuis Mai 68, le minimum de moralité qui maintenait la société s’est effondré à vitesse supersonique, et rien ne l’a arrêté. Il est vrai que se laisser aller aux plus bas instincts est tellement plus facile !

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