Xavier Niel pourrait être à l’origine des photos volées incriminant Charles Alloncle

Le député de l'Hérault dénonce des "méthodes mafieuses".
Xavier Niel à l'Assemblée nationale, le 2 avril 2026
Xavier Niel à l'Assemblée nationale, le 2 avril 2026

« Père gardez-vous à droite, père gardez-vous à gauche. » Tel Jean II le Bon à la bataille de Poitiers, cerné par les chevaliers anglais, Charles Alloncle est assailli de toutes parts. Dernière estocade en date : les photos dévoilant sa vie privée, montrant le député UDR déambuler dans Paris en compagnie d’une de ses collaboratrices.

Or, Mediapart révèle que les fameux clichés ont été en possession de Xavier Niel, qui les a fait circuler avant leur parution dans Paris Match. Étrange coïncidence, le milliardaire est propriétaire d’une agence photographique, Bestimage, spécialisée dans la traque des célébrités et l’actualité. Le média d’Edwy Penel nous apprend que l’actionnaire principal de l’opérateur Free a renfloué l’agence en question à hauteur de 3,7 millions d’euros, depuis son rachat en 2024. Autre point savoureux : il n’est pas inutile de rappeler que les photos de Charles Alloncle et de sa collaboratrice, dont l’une était prise jusque devant l’immeuble où réside le parlementaire, ont été publiées dans un magazine contrôlé par le groupe LVMH dont le patron, Bernard Arnault, n’est autre que le beau-père de Xavier Niel.

Un plat qui se mange froid

Il n’en fallait pas moins à Charles Alloncle pour accuser avec force le nouvel Edmond Dantès de pacotille. Dans un message sur X, cumulant près de 700.000 vues, le parlementaire charge : « Ma traque dans Paris jusqu'à la porte de mon domicile puis la diffusion illégale de photos portant atteinte à ma vie privée auraient donc été organisées, financées et relayées par Xavier Niel. » « De quel droit un milliardaire mécontent d'avoir eu à rendre des comptes peut-il, en toute impunité, utiliser ses moyens financiers et médiatiques pour intimider, surveiller et salir un parlementaire dont le seul tort est d'avoir enquêté sur ses contrats passés avec le service public ? », s’indigne le député de l’Hérault. Le passage homérique du propriétaire de Nice-Matin, auditionné en avril par la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, reste dans les annales. Le cofondateur et actionnaire de Mediawan, un des principaux prestataires de France Télévisions, s’était violemment emporté contre Charles Alloncle, presque jusqu'à perdre le contrôle de lui-même : « Votre temps à vous, il coûte cher aux Français, vous coûtez 35.000 euros aux Français tous les mois », lançait, ce jour-là, Xavier Niel au député ciottiste, comparant la commission à un « cirque » et accusant celui-ci d’utiliser les travaux parlementaires pour se donner « une tribune », servir sa « notoriété personnelle » afin d’« émerger comme une figure politique ».

Des « méthodes mafieuses »

« Avez-vous d’ailleurs entendu la moindre réaction de la présidente de l'Assemblée, pourtant si prompte, il y a dix jours encore, à légitimer cette opération de déstabilisation parlementaire ? », s’interroge Charles Alloncle. Yaël Braun-Pivet s’était en effet empressée de saisir le déontologue du palais Bourbon dès le lendemain de la publication de la paparazzade dont le député de 32 ans était victime. Mediapart avait, pour sa part, contribué grandement à la polémique en se frottant les mains, trop heureux de faire un large écho aux soupçons qui planaient sur le rapporteur le plus connu de France : « Depuis 2017, les lois "pour la confiance dans la vie politique" votées après l’affaire Fillon interdisent en effet aux parlementaires – mais aussi aux membres du gouvernement et aux élus locaux – d’employer des membres de leur famille, et notamment leur conjoint·e. » Une semaine plus tard, le déontologue de l’Assemblée nationale innocentait Charles Alloncle et concluait à l'absence de manquement de la part du député. Cette information était aussi faiblement médiatisée quand celle l’incriminant faisait le tour de toute la presse, telle une traînée de poudre.

« Si certains pensent que ces méthodes mafieuses me feront taire, ils se trompent, lance le député UDR. Je continuerai à exercer mon mandat avec la même détermination. Et si défendre les intérêts des Français exige d’en payer un prix, je l’assumerai. » À Poitiers, le chevalier Alloncle a baissé son heaume. Que ses adversaires se le tiennent pour dit.

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Yves-Marie Sévillia
Journaliste chez Boulevard Voltaire

Vos commentaires

47 commentaires

  1. Quelle bassesse ! La fortune de certains n’est pas à l’aune de leur moralité. C’est vraiment petit de s’en prendre ainsi à la vie privée d’un représentant du peuple qui a parfaitement effectué son rôle de rapporteur de la commission sur l’audiovisuel public et qui a dérangé, par ses légitimes questions, l’apparente immunité ploutocratique de Niel. Ce dernier, vexé, aurait-il quelque chose à se reprocher pour avoir réagi si violemment lors de sa comparution devant la commission ? Toujours est-il que Monsieur Alloncle peut mettre à profit la citation de Nietzsche « Ce qui ne me tue pas me rend plus fort ».

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