« Il vaut mieux de vraies sanctions que des textes coercitifs jamais appliqués »
Après les crèches de Noël, c’est sur un autre « sujet structurant » que Manuel Aeschlimann a décidé de monter au front. Face au phénomène du street-pooling, qui consiste à ouvrir des bouches à incendie pour se rafraîchir pendant les fortes chaleurs, le maire LR d’Asnières-sur-Seine (92) a choisi la fermeté : envoyer la facture d'eau aux familles des deux mineurs responsables, identifiés grâce à la vidéosurveillance. Pour Boulevard Voltaire, l’édile défend une mesure qu’il juge « réparatrice » et dénonce le « laxisme » qui gangrène l’ordre public. Entretien.
Iris Bridier. Ces agissements sont-ils, selon vous, le signe du réchauffement climatique ou du laxisme éducatif ?
Manuel Aeschlimann. Non, pas du réchauffement climatique mais du laxisme de la société sur plein de sujets, du manque de réponse répressive sans doute, et puis du désengagement de nombreuses familles qui laissent des gamins faire n’importe quoi, le jour comme la nuit.
I. B. Ces factures (1.000 euros à chacune des deux familles concernées) ont-elles une visée pédagogique, dissuasive ou punitive ?
M. A. D’abord, il y a une logique sur le principe de ne pas faire payer des réparations d’actes de vandalisme par les contribuables qui n’y sont pour rien. Donc, on va directement vers les responsables. Et comme les responsables sont des mineurs - or, nous savons ce qui arrive aux mineurs, dans notre pays, puisque tout va bien pour eux -, il reste les parents et le fait de s’adresser à eux pour que ce soit eux qui payent.
Punitive, sincèrement non. Réparatrice, plutôt. Réparatrice du dégât qui a été causé, et que ce soit à ceux qui causent le dégât de payer. C’est du bon sens simple. Pédagogique, oui, parce que c’est faire prendre conscience aux gens que, justement : tu casses, tu répares. C’est le principe de base. Les punitions seraient plus fortes si j’avais la possibilité et le pouvoir pénal. Donc, comme je n’ai pas le pouvoir pénal, j’en reste à ce que je peux faire stricto sensu dans mon pouvoir de maire.
I. B. Que voulez-vous dire par là ?
M. A. Le risque pénal, c’est cinq ans de prison et 75.000 euros d’amende, ou 15.000 euros d’amende. Donc, là, par contre, c’est disproportionné. Ce que j’aimerais, c’est que les pénalités et la réglementation soient adaptées au problème. Et je suis bien persuadé que le fait de faire payer 1.000 euros à chacune des familles sera beaucoup plus instructif et dissuasif, y compris pour la collectivité, que des peines pénales qui potentiellement ne seront jamais appliquées. J’ai le souvenir d’un texte que j’avais fait passer quand j’étais député avec Nicolas Sarkozy, à l’époque, contre les attroupements dans les halls d’immeubles. Il était ministre de l’Intérieur, j’étais député. Nous avions fait passer ce texte, c’était un délit. Il n’a jamais été appliqué en Justice. Donc, je m’étais permis de dire après coup, après quelques années d’expérience négative, qu’il valait mieux, finalement, mettre une contravention. Et parfois, il faut aussi adapter aux possibilités du moment. Si, un jour, les sanctions doivent être beaucoup plus lourdes et beaucoup plus radicales (ce à quoi j’aspire), tant mieux. Mais tant que ce n’est pas possible, peut-être être en capacité, quand même, de mettre de vraies sanctions plutôt que des textes coercitifs jamais appliqués.
I. B. Et si les parents ne sont pas solvables ?
M. A. En 2017, nous avions déjà été confronté à ce même problème et avions également adressé la facture à payer aux familles - ce qu’elles ont fait bon gré mal gré. Nous avions fait un étalement parce que le but n’est pas non plus, nécessairement, de leur tordre le cou. La trésorerie municipale a le pouvoir d’intervenir sur le salaire, à la banque, auprès de la CAF. Donc, s’il y a une difficulté à payer, ce qui est possible, il peut y avoir un étalement et que ce soit des échéances de 200 euros tous les deux mois. Mais ce qui compte, c’est que ça soit payé sous un certain délai, et ça le sera.
I. B. Les maires sont-ils assez soutenus dans leur lutte contre les incivilités ?
M. A. Déjà, cela dépend de l’état d’esprit de chaque maire, parce qu’il y en a qui ne veulent même pas lutter, il y en a qui veulent désarmer la police. Il y a certains maires, dont je suis, qui aspirent à avoir plus de pouvoir en matière de respect de l’ordre. Nous essayons d’aller au maximum de ce qui est autorisé et de l’efficacité. Nous développons la vidéoprotection qui montre une vraie efficacité. Nous développons aussi la police municipale et nous aspirons à d’autres pouvoirs. J’ai déjà réclamé, plusieurs fois, la possibilité d’utiliser des drones pour surveiller les trafics de drogue. Nous demandons des pouvoirs supplémentaires pour que notre police municipale intervienne plus librement dans les immeubles, dans les parties communes. Ce qui est important, c’est de constater que la police municipale pouvait être contestée, voire décriée, il y a trente ans. Maintenant, avec la formation, avec les moyens qui sont mis par les mairies - en tout cas, celles qui y croient -, nous avons vraiment des effectifs professionnels. Donc, il n’y a pas de raison qu’en conséquence, on ne nous donne pas plus de pouvoirs un jour, puisque l’État a de moins en moins de moyens. Nous travaillons bien avec la police nationale, mais nous voyons bien que la police municipale a de plus en plus de moyens, y compris d’armement, des moyens financiers, des moyens organisationnels. Il faudrait que les maires puissent avoir un pouvoir de direction complet sur la sécurité dans leur collectivité. Parce que ce sera la seule façon de pouvoir éradiquer certains problèmes du quotidien sans être obligé de passer par des cases procédurales très longues.
I.B. Pour conclure, il doit bien y avoir une piscine municipale, dans votre ville ?
M. A. Oui, on a une piscine municipale qui n’est pas chère et très bien. Nous avons également des fontaines de-ci, de-là. Et puis s’ils ont chaud, les jeunes peuvent aussi monter dans leur appartement et prendre une douche ! Quand les gars arrivent, cassent le truc, déversent des tonnes d’eau sur la voie publique, dans les caves, cela peut mettre le feu aux immeubles avec les systèmes électriques… Quand on perd le bon sens en matière de sécurité et d’ordre public, c’est là que commencent les zones de non-droit. Et on a commencé comme cela dans plein d’endroits…
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7 commentaires
Dechéance de la nationalité française pour les binationaux délinquants…très efficace
avant d’en arriver là, il est important que le maire d’Asnières réussisse à aller jusqu’au bout de sa démarche et qu’il n’en soit pas empêché par une décision du préfet (« au nom » du contrôle de légalité) ou par une procédure de référé (et dans les référés, on a le choix).
La déchéance de la nationalité, c’est pour plus tard, le cas échéant et il vaut agir d’abord en proportionnalité des faits reprochés.
Excellente décision de maire d’Asnières! Si les individus sont trop jeunes pour payer les dommages causés par leurs « incivilités », il faut faire payer leurs parents! Au delà de cette initiative du maire d’Asnières, il faut qu’elle soit portée à la connaissance du plus grand nombre, ce que BV fit à son échelle, afin que l’envoi de la facture par le maire aux parents de ceux qui « s’amusent » à faire du street pooling fasse école! Nicolas a assez payé pour rien, il faut frapper les parents de ces « sauvageons » au portefeuille… Ce sera autrement plus efficace qu’un risible rappel à la loi et à des menaces de peines de prison sans le commencement d’un début de suite..
C’est bien le grand problème en France,au lieu de réagir vigoureusement même dans l’urgence,on fait des réunions,des sessions, on discute,on fait des projets de lois qui n’en finissent pas à l’assemblée nationale,puis ça va au sénat pour revenir à l’ A N. avant d’être examiné par le conseil constitutionnel,voire invalidé. Ce maire a raison, assez de baratin,de palabres pour ne rien dire pour surtout ne rien faire, mais des actes,des vrais. Bukele au Salvador a montré la voie à suivre et ça porte ses fruits et tant pis pour les singes hurleurs pour les droits de l’homme qui ne sont plus que des droits pour les crapules,les escrocs,les criminels, les délinquants de tout poil. Tout le reste n’est que du vent.
Ce maire a parfaitement raison. La meilleure des préventions est la répression.
Bravo pour ce maire! Question: il n’a pas encore été traité de facho et de raciste?
Cela lui arrivera sûrement par les temps qui courent. Mais l’essentiel, c’est que ce maire tienne ce qu’il a annoncé, ne serait-ce que pour se faire respecter en tant qu’élu, ce qui n’est ni garanti, ni allant de soi. Il faudrait surtout que le journaliste de BV prenne au moins de réflexe de savoir si la décision a été suivie d’effet, sinon, cela prend l’allure d’un « effet d’annonce » : c’est trop souvent pratiqué dans le journalisme.