Culture - Editoriaux - Politique - Table - 29 novembre 2014

Une pierre dans le jardin de Marine et Florian

A l’heure où s’ouvre la congrès du FN, un sondage révèle que 64% des sympathisants FN sont favorables à des alliances avec l’UMP, au moins aux régionales. La netteté de ce chiffre jette un doute sur la légitimité interne de la stratégie “zéro alliance” choisie par la présidente et son grand inspirateur Florian Philippot.

Cette stratégie est simple, ou sommaire : UMP et PS faisant la même politique (prémisse contestable), il faut récuser toute alliance avec l’un quelconque de ses membres, miser sur une symétrique démobilisation des électeurs UMP et PS-PC, recueillir tous les mécontents à la fois et atteindre 50% seul, puis gouverner avec les seules forces du parti : restons purs ! Cette stratégie entre facilement dans les têtes : dénoncer "l’UMPS" et par là l’ensemble de la classe politique fait d’autant plus recette que celle-ci la mérite, tandis qu’une double déconsidération frappe Nicolas Sarkozy et François Hollande. Les élections européennes ne l’ont-elle pas montré ?

Oublions qu’une participation de 40% situe les 25% des listes FN à 10% des inscrits… La stratégie “zéro alliance” que M.Philippot habille de gaullisme est, de toutes façons, démente et suicidaire. D’abord de Gaulle, s’il n’a jamais résumé la France à la droite ou à la gauche, ni jugé que l’on puisse gouverner sans faire appel à l’ensemble des Français, a toujours été opposé, en 1946 comme en 1958, en 1965 comme en 1968, à la gauche -en 1965, il eut bien besoin du CNI… Surtout, faire des voix et gouverner n’est pas la même chose : seul gouverner compte, sauf à jouer à la politique comme on joue au foot ou plutôt comme on en blablate au café. Or, le moment où tout se joue, le second tour des présidentielles, rend nécessaires des alliances : gagne celui qui rassemble son camp. Refuser toute alliance, c’est, sous couvert de se démarquer de la droite, retomber dans les ornières du boulangisme, du poujadisme ou de la Marche sur Rome, qui reprirent toujours le vieux "ni droite ni gauche". C’est surtout s’empêcher de remporter l’élection cardinale et d’exercer le pouvoir -à moins de le prendre par la force puis de confondre l’État et le Parti -confusion encore plus catastrophique quand le parti est dépourvu de culture d’État…

J’ai connu assez de membres ou sympathisants du FN ces dernières années pour savoir que la stratégie de la Présidente n’y est guère majoritaire. Ils suivent, certes, devant les succès électoraux et l’autorité d’une direction qui éjecte quiconque ne la suit pas -dans le mur. Mais gare à 2017 : si Marine le Pen ne se ravise pas et donc ne gagne pas, elle portera la lourde responsabilité d’avoir maintenu son parti hors d’un Système qui, au vrai, ne demande que cela. Combien plus menaçante serait pour lui une vaste union des droites, majoritaire dans le pays et capable de gouverner ! En refusant toute alliance, en perpétuant le piège de Mitterrand, en marginalisant la part la plus subversive de l’électorat, le Pen permet au Système de dormir sur ses deux oreilles -bien gardé par les sectaires des deux bords, les uns ne voulant pas entendre parler d’UMP, et les autres de FN. Comme je préfère les sympathisants aux militants toujours si purs -et si durs (d’oreille…).

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